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Page:Revue des Deux Mondes - 1893 - tome 117.djvu/391

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contrôler cette conclusion par d’autres essais ; les micro-organismes périssent quand ils sont soumis à des températures de 100 à 120 degrés ; en effet, une terre perd ses propriétés nitrifiantes, aussitôt qu’elle est chauffée, stérilisée, suivant l’expression consacrée, qui indique que tous les êtres vivans ont été tués. — Si, enfin, on réensemence cette terre dépouillée de ses propriétés nitrifiantes par cette température de 120 degrés, avec une terre qui les possède encore, avec quelques parcelles d’une terre non chauffée, les organismes nitrificateurs pullulent de nouveau, et les nitrates réapparaissent dans les eaux.

Si on se rappelle que la matière azotée du sol est inerte, qu’habituellement elle n’exerce aucune action sensible sur la végétation, si on se rappelle qu’au contraire les nitrates présentent une telle efficacité que les récoltes confiées à un sol stérile croissent en raison du poids de nitrate ajouté, on comprend quel retentissement eut la découverte de MM. Schlœsing et Muntz, et quelles idées nouvelles elle suscita aux agronomes : pour eux désormais, une terre fertile devient un véritable milieu de culture des fermens nitriques.

L’existence de ces fermens fut déduite des expériences précédentes et une dizaine d’années s’écoulèrent avant qu’ils eussent été isolés. Leur découverte appartient à un éminent physiologiste russe, M. Winogradsky, elle a été faite à Zurich. Après de nombreux essais témoignant d’autant de sagacité que de patience, M. Winogradsky réussit à isoler le ferment nitreux [1], c’est-à-dire l’être vivant qui amène l’ammoniaque à un degré d’oxydation inférieure. Cinq ou six jours après l’ensemencement d’un liquide ne renfermant par litre d’eau que 1 gramme de sulfate d’ammoniaque, 1 gramme de phosphate de potasse et du carbonate de magnésie, sans aucune matière organique, M. Winogradsky vit apparaître dans l’eau un léger trouble dû à des organismes ovales un peu fusiformes, se mouvant dans le liquide avec une grande activité ; cette activité n’est pas de longue durée : après quelque temps, les organismes tombent au fond du liquide et recouvrent le carbonate de magnésie d’une sécrétion glaireuse.

On a remarqué que les micro-organismes qui transforment l’ammoniaque ajoutée au liquide en acide nitreux qu’on retrouve uni à la magnésie, avaient été ensemencés dans un milieu dépourvu de matière organique capable de fournir le carbone nécessaire à leur

  1. L’azote s’unit à l’oxygène en plusieurs proportions : quand 14 d’azote prennent 40 d’oxygène, la combinaison formée est l’acide azotique ou nitrique ; quand 14 d’azote ne s’unissent qu’à 24 d’oxygène, c’est l’acide azoteux ou nitreux qui s’est formé.