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Page:Revue des Deux Mondes - 1893 - tome 117.djvu/390

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suspension ; l’eau bourbeuse déversée sort à la partie inférieure des cylindres absolument limpide ; les matières dissoutes elles-mêmes ont subi une profonde modification. L’eau d’égout renferme des sels ammoniacaux, provenant de la fermentation des liquides excrémentitiels, l’eau filtrée n’en contient plus, mais elle est chargée de nitrates ; pendant son passage au travers du sol, l’ammoniaque s’est brûlée, ses deux élémens se sont unis à l’oxygène ; l’hydrogène pour donner de l’eau, l’azote de l’acide azotique. Les observations ainsi recueillies dans l’étude de la purification des eaux d’égout confirment simplement les observations de Boussingault sur l’influence nitrifiante de la terre arable, et il aurait été oiseux de les décrire si elles n’avaient été l’occasion de la découverte capitale qui a illustré les noms de MM. Schlœsing et Muntz.

Quelque temps auparavant, M. Muntz avait fait une observation d’un haut intérêt, il avait reconnu que le chloroforme, dont personne n’ignore les propriétés anesthésiques, agit sur tous les êtres de la série animale et que notamment il engourdit, endort, paralyse l’activité des fermens figurés. Rien n’est plus curieux que de le constater ; quand on examine au microscope une goutte d’un liquide en fermentation butyrique, par exemple, fermentation provoquée par d’innombrables bactéries parcourant rapidement le champ du microscope, s’arrêtant brusquement pour repartir aussitôt, puis qu’on glisse entre les deux lames de la préparation une goutte d’eau chloroformée, on voit en quelques instans le repos absolu succéder au mouvement désordonné des bactéries. Tout s’arrête ; les microbes, tout à l’heure si agiles, gisent immobiles ; ils restent ainsi tant que persiste l’influence du chloroforme. Si on le laisse se dissiper en soulevant légèrement la lame de verre, on reconnaît qu’après quelque temps le mouvement reparaît, lent d’abord, puis de plus en plus rapide. Visiblement les fermens figurés perdent toute activité quand ils sont soumis à l’influence du chloroforme.

Profitant de cette intéressante observation, MM. Schlœsing et Muntz introduisent dans un des cylindres où se déverse l’eau d’égout une capsule renfermant du chloroforme ; puis ils examinent jour par jour l’eau qui filtre au travers du sol. Cette eau est toujours limpide, mais bientôt les nitrates diminuent, puis disparaissent… Dans la terre chloroformée, la nitrification cesse de se produire ; or le chloroforme n’agit que sur les êtres vivans. S’il a suffi de le faire pénétrer dans le sol pour lui faire perdre ses propriétés nitrifiantes, c’est que la nitrification est, comme l’avait pensé M. Pasteur, une véritable fermentation. Il est facile de