Ouvrir le menu principal

Page:Revue des Deux Mondes - 1893 - tome 117.djvu/335

Cette page n’a pas encore été corrigée


ils s’accommodaient assez de leur misère. La magnificence des bâtimens nouveaux qu’on leur promettait ne les éblouissait pas ; ils se demandaient comment une si riche demeure pourrait encore être appelée « la maison des pauvres écoliers ; » ils avaient peur « que l’affluence des commodités ne relâchât l’ancienne discipline. » Richelieu n’entrait pas dans ces scrupules : il voulait faire grand. Déjà il avait étonné Paris par la beauté de ses constructions ; mais il entendait cette fois se surpasser lui-même, et que le nouvel établissement qu’il bâtissait fût préférable

Aux superbes dehors du palais Cardinal.

L’architecte du roi, Lemercier, le servit à souhait et construisit pour lui le plus beau des édifices scolaires qu’il y ait eu en France jusqu’à nos jours.

Je n’ai pas à décrire la Sorbonne de Richelieu ; elle existe, — au moins pour quelques mois encore, — et tout le monde peut la visiter. Seulement l’âge a fait son œuvre ; nous n’avons plus sous les yeux aujourd’hui qu’une Sorbonne noircie et vieillie. Ce n’est pas assez pour comprendre l’admiration qu’elle fit naître chez les gens du XVIIe siècle. M. Gréard, qui tenait à la revoir jeune et fraîche, s’est mis en quête des gravures du temps qui la montrent comme elle était quand elle sortit des mains de Lemercier. Il y a trouvé ce qu’il cherchait : « il en est une surtout, nous dit-il, qui m’a toujours fait une impression vive. Nous sommes en automne ; le ciel est à demi voilé. Dans la cour, dont le profil se détache, large et pur, sous l’ombre des nuages, quelques groupes sont livrés à une controverse ; çà et là un promeneur qui semble méditer ou chercher un souvenir dans un livre. Le sentiment qui se dégage du tableau est celui de la grandeur sereine. Et n’est-ce pas cela que nous retrouvons aujourd’hui ? Tous les monumens ont, pour être goûtés, leur heure propice. Jamais je n’ai mieux compris, quant à moi, le charme austère de la vieille Sorbonne que le soir, après que l’activité du jour a cessé, alors qu’au loin les bruits de la ville commencent à s’éteindre, et qu’avec le calme de la nuit qui s’annonce, la paix de cette solitude peuplée de tant de souvenirs enveloppe la pensée, la repose et l’élève. »

Il est remarquable que les vicissitudes par lesquelles a passé la Sorbonne depuis 1791 ne l’aient pas trop changée. Non-seulement les murs extérieurs sont restés comme Lemercier les avait faits, mais on retrouve facilement l’ancienne distribution des salles, les appartemens des associés, le réfectoire, la bibliothèque, et M. Gréard n’a pas eu trop de peine à en refaire le plan. Une chose pourtant a disparu, qui ne manquait pas d’importance. Derrière