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Page:Revue des Deux Mondes - 1893 - tome 117.djvu/330

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laquelle s’étendaient les élèves [1], voilà tout ; mais enfin un escabeau et de la paille coûtent quelque chose, et naturellement le maître, qui était chargé de les fournir, les faisait payer aux élèves. Si modique que fût le prix qu’il demandait, c’était toujours beaucoup trop pour des gens qui n’avaient rien.

Il leur restait une seule ressource : prendre le froc et se jeter dans un cloître. Depuis quelques années, les ordres religieux venaient de faire irruption dans l’Université de Paris. Les dominicains, les franciscains, les augustins, après s’être bâti des couvens dans le voisinage des écoles, y avaient institué sans bruit des cours de philosophie et de théologie et réclamaient le droit de conférer les grades à leurs élèves. L’Université résista vigoureusement à ces prétentions ; ses docteurs, surtout l’ardent Guillaume de Saint-Amour, luttèrent pendant un demi-siècle pour défendre ses droits. Remarquons que cette lutte entre les moines mendians et l’Université de Paris est la première phase d’un combat qui dure encore. Nous le croyons d’hier ; c’est une grande erreur : il existait déjà au XIIIe siècle, et plus vif peut-être qu’aujourd’hui. Rien ne commence ici-bas, tout se continue : sous des noms différens et des formes nouvelles, ce sont toujours les mêmes questions qui s’agitent, sans se résoudre jamais. Les moines, dans ce combat, étaient soutenus par la faveur du pape et l’autorité du roi ; ils finirent par l’emporter et obtinrent la permission d’avoir des écoles dans leurs couvens. Dès lors, les écoliers pauvres affluèrent chez eux : ils étaient sûrs d’y trouver au moins un logis et des maîtres qui ne coûtaient rien ; ils pouvaient y faire leurs études à l’abri des besoins de la vie.

Il y avait alors de bons esprits à qui ce succès des moines mendians causait quelques alarmes. Ce n’étaient pas des libres penseurs, — tout le monde à cette-époque était croyant, — mais des gens sages, modérés, prudens, d’excellens prêtres, qui trouvaient les ordres religieux un peu envahissans, qui craignaient que l’enseignement de la théologie ne s’abaissât dans les cloîtres, qui pensaient que les séculiers y apportent un certain esprit d’indépendance favorable à l’étude, et que les cours qui se font en plein jour, devant tout le monde, offrent plus de garanties que les autres. Ils ne demandaient pas sans doute qu’on fermât les écoles des couvens, mais ils voulaient qu’elles ne fussent pas

  1. Dans le statut de 1366, il est ordonné à tous les étudians d’assister aux leçons, suivant l’ancienne coutume, assis à terre, sur le sol jonché de paille et non sur des bancs ou d’autres sièges qui pouvaient être pour eux une occasion d’orgueil, ut occasio superbiœ a juvenibus secludatur. En 1452, les bancs sont de nouveau défendus. L’Université semble dire en toute occasion que ses études sont surtout réservées aux pauvres et aux humbles.