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Page:Revue des Deux Mondes - 1893 - tome 117.djvu/329

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L’Université de Paris était dans tout son éclat au milieu du XIIIe siècle. Les élèves y affluaient de tous les pays du monde ; et, dans le nombre, les pauvres l’emportaient de beaucoup sur les autres. On n’a pas de peine à comprendre la raison qui attirait alors vers les fonctions ecclésiastiques les jeunes gens des classes inférieures, quand ils avaient de l’ambition et se trouvaient du talent. Etre d’église était le seul moyen pour eux de faire oublier la médiocrité de leur condition et de prendre un rang honorable, malgré l’obscurité de leur origine, dans une société où l’on n’avait guère d’égard qu’à la naissance. Or, ce qui ouvrait surtout la route des dignités religieuses, c’étaient les succès universitaires, et voilà pourquoi on les recherchait avec tant de passion. L’Église, de son côté, avait intérêt à bien accueillir cette jeunesse pauvre et laborieuse, qui témoignait tant d’empressement à venir vers elle. Elle comprenait le profit qu’elle en pouvait tirer. Ces fils de paysans ou d’ouvriers, qui lui devaient la considération et la fortune, lui apportaient en échange, avec un dévoûment absolu, une force, une énergie, une jeunesse nouvelles. C’est à eux qu’elle doit d’être restée pendant tout le moyen âge la grande puissance morale du monde. Aussi était-elle fort occupée à leur rendre l’étude possible et facile. L’éducation des écoliers pauvres, ou, comme on les appelait, des « bons enfans, » était son grand souci. Quand ils étaient tout jeunes, elle les recevait dans les écoles cathédrales, où on les instruisait gratuitement. Ce premier enseignement achevé, — il ne durait guère, — si elle leur trouvait des dispositions naturelles, le goût d’apprendre et la capacité de savoir, elle les dirigeait vers quelque université, pour y conquérir la maîtrise ès arts et la licence. Mais là, les difficultés commençaient. Comment faire vivre, dans de grandes villes, loin de leurs familles ou de leurs connaissances, des jeunes gens qui n’avaient aucune fortune ? C’est à Paris surtout qu’on voulait aller : la gloire de l’Université de Paris éclipsait toutes les autres ; mais précisément l’affluence des étudians y rendait la vie beaucoup plus chère qu’ailleurs. Le prix des logemens avait beaucoup augmenté. Pour avoir un lit dans une cave ou dans un grenier, il fallait payer plus cher qu’autrefois pour une chambre convenablement meublée. En vain essaya-t-on d’établir une taxe des logemens et de menacer les propriétaires qui ne s’y conformaient pas de mettre leurs maisons en interdit ; ils trouvaient toujours quelque moyen de se soustraire aux règlemens les plus formels. L’enseignement aussi ne pouvait pas se donner pour rien. Les maîtres, quoique disposés à se contenter de peu, étaient bien forcés de louer la salle où ils faisaient leurs leçons et de la meubler. Le mobilier était assurément fort élémentaire : un escabeau pour le professeur, quelques bottes de paille sur