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Page:Revue des Deux Mondes - 1893 - tome 117.djvu/315

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Les Grecs ont la prétention d’être, de tous les habitans de Smyrne, à la fois les plus anciens et les plus modernes. Ils vantent, avec la même loquacité, les temples de marbre de leurs ancêtres, et le Cercle hellénique, éclairé au gaz, où de riches négocians lisent, entre deux parties de baccara, autour d’une table recouverte d’un tapis vert, les journaux smyrniotes : l’Amalthée, la Νέα Σμύρνη (Nea Smurnê) ; et les journaux d’Occident arrivés par les paquebots : le Journal des Débats, le Figaro, le Times. Les autres races, avec lesquelles ils vivent côte à côte, n’ont pas réussi autant qu’eux à copier les mœurs européennes. On les connaît moins. Les Arméniens grégoriens, venus en grand nombre, vers l’année 1688, pour fuir les persécutions et les taquineries des shahs de Perse, pratiquent les rites de leur religion dans la métropole de Saint-Étienne ; mais leur chef spirituel, le katholicos, est un peu loin de ses ouailles : il habite, à Etchmiadzin, dans la province d’Érivan en Russie, le couvent illustré, au temps de la primitive Église, par les miracles de Grégoire l’illuminateur. La communauté arménienne de Smyrne entretient deux écoles, une pour les garçons, l’autre pour les filles. Ce n’est point par cette petite colonie d’émigrés et de fugitifs qu’il faut juger cette race discrète et obstinée, qui se maintient, en groupes compacts, malgré les fonctionnaires turcs et les brigands kurdes, dans les montagnes de Van, et qui, dit-on, n’a pas perdu l’espoir de relier à la civilisation, malgré les désastres et les longs espaces qui l’en ont séparée, la fière citadelle d’Erzeroum.


IV

On peut observer à loisir les juifs smyrniotes, parce que, s’il est malaisé de pénétrer chez eux, il est du moins très facile de les voir à son aise, eux, leurs femmes et leur marmaille : ils se glissent et s’insinuent partout, serviles, obséquieux, bavards, ayant toujours quelque chose à vendre, à échanger, à brocanter. Leurs voisins ne les aiment guère. Le Grec en est jaloux, et invente sur leur compte toutes sortes d’histoires.