Ouvrir le menu principal

Page:Revue des Deux Mondes - 1893 - tome 117.djvu/233

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


dentes ! a dit un grand homme d’État. Dans nos élections municipales, la possession, semble-t-il, vaut titre, et soixante-quatre conseillers ont été réélus.

Cela peut paraître singulier et cependant cela s’explique. Il est des ambitieux qui ne traversent l’Hôtel de Ville que pour y préparer leur entrée au palais Bourbon ou au Luxembourg. Ce sont là des cas exceptionnels. Depuis que nos conseillers municipaux ont pris la liberté de s’allouer un traitement, il y en a beaucoup qui considèrent leurs fonctions d’édiles comme une profession qu’ils souhaitent d’exercer toute leur vie. A cet effet, ils remplissent avec une exactitude méritoire, avec une infatigable complaisance, tous leurs devoirs envers leurs électeurs. Ils sont à leur dévotion ; ils leur disent : « Employez notre crédit ; ne vous gênez pas, usez, abusez de nous, nous sommes ici pour vous servir. » On en connaît dont la porte est toujours ouverte ou qui, plusieurs jours par semaine, restent chez eux du matin au soir, prêts à recevoir toutes les plaintes, à écouter toutes les doléances, à accueillir les demandes, les réclamations. Non-seulement ils écoutent, ils agissent. Ils épargnent aux humbles la peine de faire eux-mêmes leurs démarches dans les bureaux ; ils s’en acquittent pour eux. Il faudrait avoir le cœur bien dur pour ne pas garder un bon et fidèle souvenir d’un homme obligeant, dont la seule ambition est de se rendre utile et agréable et d’assurer ainsi sa réélection. On dira que les députés en usent de même, qu’ils sont, eux aussi, à la dévotion de leurs commet-tans, dont ils reçoivent continuellement des placets ou des ordres. Mais leurs commettans sont bien loin, on ne communique que par la poste avec la Corrèze ou le Finistère, et il y a des lettres qui se perdent. Comme des pères entourés de leur famille, les conseillers municipaux de Paris vivent dans un contact perpétuel avec leurs électeurs, et il se forme entre eux des liens étroits, aussi sacrés que les liens du sang. Peut-être dira-t-on aussi qu’un conseiller municipal qui devient l’homme d’affaires de ses électeurs risque de négliger des intérêts plus importans ou de les sacrifier aux intérêts privés. Mais ceci est un autre ordre de considérations, et nous voulions seulement expliquer pourquoi tant de conseillers sortans sont presque assurés de leur réélection, pourquoi il faudrait des circonstances extraordinaires pour que le conseil municipal de Paris changeât d’esprit et de figure. Après tout, n’est-il pas juste que des gens qui se donnent tant de peine pour faire des heureux se trouvent travailler du même coup à leur bonheur particulier ?

Nos jours de repos étaient comptés ; sénateurs et députés sont revenus des champs et ont repris, dès le 25, le cours de leurs travaux. Ils avaient eu à peine le temps de faire connaissance avec le nouveau ministère, qui, à vrai dire, n’a pour eux rien de très nouveau. C’est