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Page:Revue des Deux Mondes - 1893 - tome 117.djvu/216

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les quatre étoiles. En ce lieu divin, la voix inconnue d’un être invisible m’a parlé, m’a ordonné de retourner sur la terre pour te dire de faire alliance avec les hommes blancs, envoyés par lui pour conquérir les royaumes de notre sol. Les lois qu’apportent ces hommes-dieux sont les vraies, et elles doivent prévaloir sur les nôtres qui demandent du sang. Comme preuve de ma véracité, roi, je dois t’apprendre qu’un jeune homme, beau comme un rayon, une flamme brillante à la main, m’est apparu un matin vers l’Orient, à l’heure où le soleil se levait. Il m’a longuement regardée, puis a disparu en emportant mon âme. Il me l’a ensuite rapportée, rendue, en venant me réveiller sur mon lit de mort. C’est lui qui m’a révélé la douceur des lois nouvelles, ramenée sur la terre. Il est le céleste messager qui doit te les apprendre à ton tour, écoute-le.

Les paroles d’Atzimba étaient sincères, elle croyait ce qu’elle disait. Elle croyait avoir été victime de la mort, puis rendue, rappelée à la vie et à des félicités divines par celui qu’elle aimait. La miraculeuse apparition de Villadiégo, juste à l’heure où elle revenait à la vie, lui avait réellement paru celle d’un envoyé céleste, et elle était heureuse d’être sienne, fière qu’il fût sien. Délivrée par la mort de ses vœux de fidélité au soleil, elle ne voulait plus vivre que pour aimer son envoyé, que pour être aimée par ce céleste messager.

Tzimtzicha écouta le récit de sa sœur sans l’interrompre, en proie à des émotions dont il n’était pas toujours maître, émotions si fortes qu’à plusieurs reprises des larmes coulèrent sur ses joues. Ces troubles furent attribués à la crainte par ceux qui l’entouraient, et l’on crut qu’il pleurait son empire perdu.

Il mit fin à l’audience et se retira avec ses ministres, c’est-à-dire avec le chef suprême de ses armées et le grand-prêtre de Tzintzuntzan. Il leur révéla aussitôt que le grand-prêtre du temple de Zinépécuaro avait épié Atzimba aux heures où elle se promenait dans les bosquets sacrés du parc avec l’étranger dont elle venait de parler comme d’un être céleste, lequel n’était que l’un des soldats de ce Cortès, de ce capitaine qui, après maints combats où, parfois vaincu, il avait laissé voir qu’il n’était qu’un homme, venait enfin de renverser l’empire d’Anahuac. Il expliqua que Villadiégo, chef d’une ambassade soi-disant aztèque, lui était secrètement envoyé, à titre de prisonnier, par l’habile commandant de la ville frontière de Taximaloyan. Trompée, victime de son imagination, de sa virginale ignorance, Atzimba avait violé ses vœux religieux. Cependant, on ne pouvait nier que la princesse lût morte à l’heure où son corps avait été déposé dans la grotte, et que l’étranger, par des maléfices, n’eût réussi à rappeler son âme et souillé, sinon l’épouse du soleil, au moins une vierge fille de roi.