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Page:Revue des Deux Mondes - 1893 - tome 117.djvu/214

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baiser qui l’un comme l’autre les transporte dans le ciel, dans le lieu de délices promis par leurs croyances.

Après cette extase, Atzimba s’est redressée avec lenteur, secondée par les bras amoureux qui maintenant l’enveloppent et la soutiennent, attirée par un nouveau baiser offert. Elle s’appuie fortement sur celui qui vient de la rendre à la vie, lui parle comme à un être céleste. Villadiégo lui a dit quelques mots en aztèque, et elle lui répond dans cette douce langue, qu’elle aussi sait parler. Enlacés, très émus, se trouvant beaux et se l’avouant, ils se sont assis sur la funèbre couche qui peu à peu, aux lueurs du flambeau mourant, devient pour eux un lit nuptial. C’est que l’innocente vierge s’abandonne tout entière aux volontés de celui qu’elle tient pour un dieu, vers lequel la poussent ses désirs, ses vingt ans à peine révolus, et qui, pour sa virginale ignorance, lui révèle des choses du ciel.

Elle sembla courte aux deux amans imprévus, cette nuit de surprises, de volupté, durant laquelle Villadiégo a raconté son histoire, ses marches nocturnes à la recherche du roi Tzimtzicha, auquel il vient proposer une alliance. Ramenée à la réalité, Atzimba tremble pour celui qui a pris possession de son cœur, qu’elle nomme déjà son époux. Le jour va paraître, il faut le cacher, et elle le conduit au fond d’un sanctuaire où elle l’établit, d’où elle viendra le tirer aussitôt que reparaîtra la chère ombre de la nuit. Vingt fois les deux amoureux, les deux amans se disent au revoir, et vingt fois ils reviennent l’un vers l’autre pour échanger de nouveaux baisers, pour se dire, pour se faire dire ces mots qu’ils ne se lassent, ni de répéter, ni d’entendre : Je t’aime ! Enfin le soleil dore les collines, jaillit, et son infidèle, mais inconsciente épouse se dirige lente, pensive, ravie, trouvant un nouveau sens à tout ce qui l’entoure, vers la demeure où elle n’est plus attendue.


V

Du fond de la retraite où son amante l’a caché, Villadiégo entend soudain éclater des clameurs, retentir des cris de joie. On se presse devant la grotte où Atzimba a reposé durant trois jours, d’où, conduite inanimée, elle vient de sortir vivante. Les épouses du soleil, leurs servantes, les prêtres chargés de l’entretien du feu sacré qui brûle éternellement en l’honneur de l’astre, poussent des cris d’allégresse, chantent de joyeux hymnes. On promène Atzimba en triomphe, on la couvre de fleurs, on admire le brillant de son regard, on l’interroge. C’est une ressuscitée, le soleil a fait un miracle en sa faveur, et la jeune fille apparaît doublement sacrée. Les habitans de Zinépécuaro sont vite instruits de ce qui s’est