Ouvrir le menu principal

Page:Revue des Deux Mondes - 1893 - tome 117.djvu/213

Cette page n’a pas encore été corrigée


pouvoir escalader. Une lueur le fait s’arrêter, hésiter, il approche de la grotte où gît Atzimba, où brûle encore un flambeau à la cire parfumée. Il soulève doucement, prudemment, le rideau |de verdure, demeure immobile. La belle jeune femme à laquelle il vient de penser, dont il a si présente l’image radieuse, est devant lui, parée, endormie, souriante.

Endormie ? Non. Villadiégo sent son cœur se serrer, presse sa poitrine de sa main, ne respire plus. Elle est morte, morte la douce apparition, et la couche sur laquelle elle est si gracieusement étendue est une couche funèbre ! Morte ! elle qu’il a vue si charmante ! Il fait un pas, deux, s’avance, s’arrête, avance encore. La flamme vacillante du flambeau donne une apparence de vie au beau visage qu’il admire, qui l’émeut, qui n’a rien de la lugubre pâleur des trépassés. L’Espagnol s’agenouille, se signe, prie. Qu’elle est belle encore sur son lit funèbre semé de fleurs, dans sa toilette luxueuse, celle dont il se sent épris ! Comme son corps lui paraît harmonieux sous les légers voiles dont il est enveloppé, dans sa pose abandonnée ! Il lui semble que la jeune femme le regarde, que ses yeux à demi clos l’implorent, que ses lèvres, qui ont le pourpre de la vie, vont lui parler.

Villadiégo a fait un nouveau pas pour se rapprocher de la funèbre couche, a doucement posé sa main sur celle de la jeune fille, et tressailli en sentant cette main moite, tiède. Il recule. Cette couche n’est-elle pas un lit mortuaire, serait-elle un lit d’apparat, et la douce apparition n’est-elle qu’endormie ? Perplexe, l’Espagnol se rapproche et, un peu tremblant, saisit la mignonne main qu’il a touchée, la soulève ; flexible, le bras suit. Le jeune homme pose, appuie sur ses lèvres les doigts menus et… Rêve-t-il ?

Les paupières entr’ouvertes se sont un peu relevées, la main qu’il tient a légèrement pressé la sienne, une longue aspiration a soulevé, gonflé le beau sein qu’il croit voir palpiter, qui palpite. Il songe à fuir, indécis, un peu effrayé. Mais la pression de la mignonne main s’accentue, les paupières se sont encore soulevées. Un regard surpris, un regard dont il connaît la séductrice puissance cherche le sien, et un sourire, un sourire d’admiration, arque de plus en plus les lèvres purpurines. Attiré, Villadiégo se penche, se penche. Il a laissé retomber la main qui essayait de retenir la sienne, saisit la charmante tête qui continue à lui sourire, noyé ses doigts dans son épaisse et noire chevelure, rapproché, en l’exhaussant, le beau visage du sien. Il se sent effleuré par la caresse d’une suave haleine, frissonne. La dormeuse, enfin réveillée, entoure, rougissante, languissante, le cou du jeune homme de ses bras. Les lèvres des deux jeunes gens s’attirent, s’effleurent, se joignent, se pressent ; ils échangent un long, un interminable