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Page:Revue des Deux Mondes - 1893 - tome 117.djvu/211

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placèrent le corps de leur jeune mère sur leurs épaules, et l’emportèrent en chantant des hymnes qu’interrompaient leurs sanglots. Du temple venaient des sons lugubres produits par les prêtres, soufflant dans des conques marines. Entre les haies fleuries du parc existait une grotte artificielle dont un rideau de plantes grimpantes voilait l’entrée, dont l’intérieur était tapissé de mousse, et au centre de laquelle on avait dressé un lit d’apparat, formé de plantes aromatiques recouvertes d’un riche tapis. Le corps d’Atzimba fut déposé sur cette couche et, autour de lui, on incendia des braseros chargés d’encens. Au pied du lit funèbre on plaça, comme l’exigeaient les rites funéraires, des boissons, des alimens choisis, une corbeille pleine de fruits. Et la princesse Atzimba, si belle, si aimée, au visage si expressif alors qu’elle était vivante, visage que la mort n’avait pas défiguré, demeura seule au fond de la grotte où les siens devaient venir la saluer une fois encore avant que son corps fût brûlé, ses cendres rendues à la terre.


IV

Deux fois vingt-quatre heures se sont écoulées, les oiseaux au riche plumage qui peuplent la demeure des épouses du soleil ont cessé leurs chants harmonieux, un silence imposant plane sur l’enceinte sacrée où régnerait une obscurité profonde, sans les lueurs scintillantes des étoiles de la Croix du sud. Atzimba repose sur sa couche funèbre et un peu plus loin Villadiégo, enfermé dans une des chambres du palais en ruines des rois, rêve et songe. Il rêve à son pays, à sa vie d’aventures, à sa situation présente. Il se demande pourquoi son voyage a été interrompu, pourquoi il est prisonnier depuis trois jours. C’est pour le protéger contre la curiosité du peuple, et même contre sa colère excitée par la présence de ses compagnons aztèques, profondément haïs, que le commandant de Taximaloyan a pris la résolution de le faire voyager de nuit jusqu’à la capitale, où, lui disait-on, l’attendait le roi. Villadiégo n’a été ni menacé ni maltraité, c’est vrai ; toutefois, ce n’est pas en ambassadeur qu’il a cheminé, mais en captif. Que signifie ce brusque arrêt dans son voyage ? Pourquoi a-t-il été séparé de ses compagnons, puis renfermé entre quatre murs ? Le jeune Espagnol interroge en vain ceux qui lui apportent des vivres, ils ne paraissent pas comprendre ce qu’il leur dit, lui répondent dans une langue que, de son côté, il ne comprend pas. L’âme de Villadiégo est vaillante, il est accoutumé aux aventures extraordinaires, à regarder la mort en face et sous tous ses