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Page:Revue des Deux Mondes - 1893 - tome 117.djvu/210

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III

On matin, alors que le soleil commençait à dorer le ciel de ses feux et que tout dormait encore, Atzimba, qui déjà levée errait selon sa coutume dans le jardin du palais, vit soudain pénétrer dans l’enceinte sacrée un jeune homme monté sur un animal aux formes singulières, blanc comme la cime des monts. L’inconnu tenait à la main une épée brillante, qu’il agitait. Sa vue, celle de l’animal extraordinaire qui le portait et lui obéissait, le glaive flamboyant dont il était armé, frappèrent la princesse d’admiration et de stupeur. L’étranger fut bientôt cerné par des guerriers qui, l’arc bandé, le menaçaient de leurs flèches. Il ne semblait ni s’en inquiéter ni songer à se défendre, encore moins à fuir. Ses yeux contemplaient la princesse qu’il venait d’apercevoir, qui de son côté oubliait de se voiler, de se retirer, et paraissait fascinée. Le regard qu’échangèrent les deux jeunes gens fut interminable, ardent, troublant, et un même sourire de ravissement se dessina sur leurs lèvres. L’Espagnol abaissa son épée, comme soumis, puis se laissa guider, entraîner, sans que la princesse fît un seul geste. Elle demeura comme pétrifiée à la place qu’elle occupait, et nul de ceux qui étaient survenus, qui l’entouraient, n’osait ni la toucher ni lui parler, la croyant plongée dans une de ses extases accoutumées. Soudain elle s’affaissa ; une de ses compagnes venue du palais s’approcha, lui prit la main, la sentit glacée et cria :

— Notre mère est morte !

À ce cri, vingt fois répété, toutes les épouses du soleil, tous les piètres qui habitaient dans l’enceinte sacrée accoururent, entoureront Atzimba. On voulut la relever, et l’on s’aperçut que son corps était rigide. On la porta dans une des salles du palais, et Ton essaya en vain de la ranimer. Après de longs soins inutiles, ne pouvant plus douter que son âme avait pris son vol vers la Croix du sud, des courriers furent expédiés dans toutes les directions pour répandre la nouvelle de cet événement imprévu. Le lendemain, aucun doute n’étant plus permis sur le sort fatal de la jeune fille, son corps, selon l’usage, fut baigné par ses compagnes dans une eau parfumée, puis revêtu de ses parures les plus somptueuses. On étendit l’insensible dépouille sur une fine natte, on la couvrit de pétales de fleurs. Ce qui frappa chacun des assistans, c’est que le beau corps, bien qu’inerte, conservait toutes les apparences de la vie. Les mains croisées, la tête un peu inclinée, la bouche entrouverte, les yeux seulement à demi clos, Atzimba semblait dormir, et souriait.

Quand le soleil disparut derrière les monts, ses vierges-épouses