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Page:Revue des Deux Mondes - 1893 - tome 117.djvu/208

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réclamer. Or, tandis que Villadiégo et ses compagnons cheminaient prisonniers vers Tzintzuntzan, capitale des Tarasques, on faisait habilement courir le bruit, sur la frontière, qu’ils regagnaient Mexico.

Dans l’intérieur du Michuacan, à Zinépécuaro, par exemple, on parlait, non sans réticences, d’un homme blanc apparu à l’époque où la princesse Atzimba avait été tenue pour morte. A Tzintzuntzan, on avait vu l’exécution de douze Aztèques considérés et châtiés comme imposteurs, puisqu’ils avaient usurpé le titre d’ambassadeurs en se présentant au nom de l’empereur Moteuczoma, alors que l’on savait que ce souverain avait été tué lors du siège de sa capitale. En même temps on parlait aussi beaucoup, à Tzintzuntzan, de la jeune et belle princesse Atzimba, prêtresse du soleil, qui, miraculeusement morte et ressuscitée, était brusquement retournée au ciel. Or, la disparition de l’aimable princesse coïncidait si bien avec celle de Villadiégo, que le rapprochement du nom des deux jeunes gens s’imposait en quelque sorte aux esprits. On pressentait une aventure que nul ne pouvait ou n’osait raconter, ni approfondir.

Enfin, de tous les témoignages recueillis, rassemblés, unifiés, et cela après plus de trois siècles, se dégage la légende ou, mieux dit sans doute, la page d’histoire que nous allons mettre en lumière, sans rien ajouter ni retrancher aux faits conservés par les traditions, mais en les coordonnant.


II

Le roi Tzimtzicha, dit l’histoire, possédait une sœur âgée de vingt ans et d’une grande beauté. Dernier enfant du roi Siguangua, la jeune princesse, nommée Atzimba, avait été les délices de la précédente cour. Chérie par son père, aimée par les nobles que captivaient sa grâce et sa modestie, Atzimba avait également conquis le peuple par sa générosité. Tzimtzicha lui-même, bien qu’égoïste, avait concentré en elle toute l’affection dont il était capable, ou, mieux dit encore, la seule véritable affection qu’on lui ait connue, en dehors de celle qu’il portait à l’une de ses filles.

Vive, intelligente, délicate, surtout très impressionnable, les événemens de la conquête du Mexique, par des hommes à tous les points de vue extraordinaires, avaient profondément remué et troublé la jeune princesse. Était-ce l’amour de la patrie qui parlait en elle ? demandent naïvement les légendes, ou les désirs inconsciens de son âme vierge qui agitaient son cœur ? Et les susdites légendes répondent : c’était la crainte instinctive de l’inconnu.

Quelle qu’en fût la véritable cause, les premières nouvelles de