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Page:Revue des Deux Mondes - 1893 - tome 117.djvu/151

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En 1875, il y avait, en Allemagne, trois systèmes principaux de tarification, auxquels se rattachaient avec plus ou moins de variantes les tarifs des diverses administrations de chemins de fer. Le plus ancien était celui de la tarification à la valeur, tel qu’il est pratiqué en France : il était appliqué dans toutes les régions du nord et de l’est. Un second système avait pris naissance en Alsace-Lorraine après la guerre de 1870 et s’était étendu dans presque tout le sud-ouest : il reposait exclusivement sur le poids des expéditions et sur la nature des wagons employés (couverts ou découverts), sans considération de la valeur des marchandises. Enfin, un régime intermédiaire entre les deux précédens avait été adopté en 1874 sur les chemins de fer bavarois de la rive droite du Rhin et sur ceux du Wurtemberg. Cette diversité présentait, comme nous l’avons dit, de sérieux inconvéniens, et, pour y mettre fin, le gouvernement impérial avait cherché, de 1873 à 1875, à établir une tarification uniforme conciliant à peu près les différens systèmes en vigueur. Une enquête avait eu lieu à cet effet, et un rapport avait été soumis au Bundesrath. Mais celui-ci ne poursuivit pas davantage la solution de cette question, et la tentative du gouvernement ne reçut pas de suite. Cependant la complication des tarifs était aussi défavorable aux administrations de chemins de fer qu’au public ; aussi la question fut-elle remise à l’étude par les compagnies privées du nord de l’Allemagne et bientôt prise en main par le comité de l’Union des tarifs. Dans une conférence tenue à Leipzig les 6 et 7 avril 1876, ce comité prit la décision unanime, à l’exception des représentans des chemins d’État prussiens, qui s’abstinrent, de provoquer une entente générale de toutes les administrations pour l’étude et l’adoption d’une tarification uniforme applicable à tout le trafic allemand. Les chemins de fer impériaux (Alsace-Lorraine) et ceux de l’État prussien ne répondirent pas à cette invitation, et ce fut en dehors d’eux qu’un projet fut élaboré et adopté dans une conférence générale tenue à Dresde les 29 et 30 juillet 1876. Le 14 décembre suivant, le Bundesrath décida que ce projet ne soulevait pas d’objection au point de vue des intérêts de l’empire, et ce fut alors seulement que le ministre du commerce prussien se rallia au nouveau tarif, qui reçut l’adhésion unanime de tous les chemins de fer allemands dans la conférence tenue à Berlin le 12 février 1877 [1].

  1. Dans un discours prononcé au Reichstag le 10 février 1892, un député, M. Schrader, ancien directeur du chemin de fer de Berlin-Anhalt, a même déclaré que les compagnies privées ont créé le système de tarification actuel contre la volonté du ministre des travaux publics de Prusse, M. de Maybach, et il a développé son affirmation dans les termes suivans : « Depuis longtemps la réforme des tarifs était sur le tapis ; elle avait été proposée d’abord dans le sens du système naturel dit d’Alsace-Lorraine, mais elle ne pouvait réussir de cette façon, car ni les compagnies privées, ni les chemins de fer de l’État prussien n’en voulaient. Elle fut ensuite cherchée dans un autre ordre d’idées par l’office des chemins de fer de l’empire, sous l’administration de M. Scheele ; celui-ci n’a pas réussi. Pourquoi ? je n’en sais rien, n’ayant jamais pu avoir connaissance du rapport qui avait été rédigé à ce sujet. Soc successeur, M. de Maybach, fut d’avis qu’il n’était possible de rien faire sur ce terrain. Mais alors les compagnies privées vinrent ensemble déclarer : Il est absolument nécessaire de faire quelque chose. Et les chemins de fer de l’État prussien n’ont pu qu’emboîter le pas ; depuis lors, le système de tarifs adopté par la confédération a subsisté tel quel jusqu’à ce jour.