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Page:Revue des Deux Mondes - 1892 - tome 114.djvu/954

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tribunal leur donne raison, qu’arrivera-t-il ? On n’entrera pas apparemment en campagne contre les avocats et les magistrats, ce serait ajouter le ridicule à la violence ; on n’aura réussi qu’à embarrasser l’action de la justice, à intercepter la vérité. On aura accumulé les complications là où la légalité et les moyens réguliers suffisaient, si on l’avait voulu, pour « faire la lumière, » — cette lumière qu’on prétend chercher.

Que le ministère reconstitué n’ait eu que de bonnes int ntions, qu’il ait cru faire pour le mieux en cédant aux circonstances, en se prêtant à une œuvre d’investigation nécessaire, c’est possible. 11 n’a pas été sûrement heureux dans ses bonnes intentions jusqu’ici ; il s’est engagé à la légère, un peu vraisemblablement pour vivre, pour gagner du temps, et du premier coup, il n’a fait qu’ajouter à cette anarchie qui est l’œuvre de tout le monde, il faut en convenir, qui se manifeste sous toutes les formes, sans frein et sans limites. Au fond c’est là toute la question. Le mal réel, c’est cette anarchie morale qui s’infiltre partout, qui passe des idées dans les faits. L’anarchie, elle est sans doute dans les propagandes sinistres, comme aussi dans ces remuantes municipalités socialistes de Roubaix, de Saint-Denis, de Montluçon, où de médiocres agitateurs abusent des finances de leurs communes, désorganisent la police, pervertissent jusqu’à la bienfaisance. Elle est aussi malheureusement plus haut, dans un État politique indéfinissable où rien n’est à sa place, où une commission parlementaire a la prétention de se substituer à la justice, d’assister sans titre, sans mandat, à des levées de scellés, et où le gouvernement laisse tout faire. L’anarchie, elle est dans cette situation où tout se déprime et se déconsidère à la fois, institutions et hommes, où Pinstabilité naît de la confusion : de sorte qu’à des désordres toujours possibles on n’aurait à opposer qu’une légalité émoussée, des pouvoirs affaiblis, complices de leur propre abaissement. M. le président du conseil invitait l’autre jour la chambre à se détourner des misères du temps et à reprendre son œuvre. M. le garde des sceaux, à son tour, prétendait qu’il fallait « franchir la barre qu’opposent certains incidens à la marche en avant de la république. » Soit, franchissez la barre si vous le pouvez, reprenez la marche en avant ; mais la première condition, sachez-le bien, c’est qu’il y ait un gouvernement décidé à en finir avec les situations fausses, à faire sentir partout l’autorité des institutions et des lois, à régler la marche pour la sécurité et la considération du pays. Si c’est là ce qu’a voulu dire M. le président du conseil hier devant le sénat en reprenant ses explications, en commentant, en étendant ses premières déclarations, fort bien ! S’il est réellement pénétré des dangers de ce « trouble, » de ce « relâchement » qu’il avoue, s’il est décidé, comme il l’a dit, à gouverner, à « ressaisir dans leur plénitude les droits que le pouvoir exécutif tient