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Page:Revue des Deux Mondes - 1892 - tome 114.djvu/723

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seau ministériel a fini par sombrer brusquement, alors qu’on le croyait hors d’affaire.

En prévision de Paccident, des spéculateurs avaient vendu de la rente, ferme et à prime. Des acheteurs avisés sont intervenus, et la rente a repris pas à pas le chemin de la hausse, devançant, dans son progrès régulier, et les succès du ministère et l’annonce de l’entrée de nos troupes à Abomey. De fr. 05 en fr. 05, le 3 pour 100 en était arrivé à 99.80 ; une simple poussée de fr. 20 allait le rétablir au pair où on ne l’avait plus vu depuis le détachement du dernier coupon trimestriel. La chute du cabinet a fait reculer ce fonds à 99./iO. Les deux autres ont subi une réduction analogue. La spéculation, ce sacrifice de fr. 40 accompli, va attendre, sans plus d’émoi, la solution de la crise.

Notre place a été jusqu’au 28 encouragée dans son inébranlable fermeté sur nos fonds publics par l’excellente tenue des marchés étrangers. Le monde financier à Londres s’est occupé activement des actions minières, des Chemins américains, de quelques valeurs locales, des principales rentes internationales du continent et des fonds de l’Amérique du Sud.

Pour les fonds argentins, à l’engouement de la première heure succède la phase de la réflexion. Que faut-il attendre de l’abaissement de l’agio de 210 à 185, un moment même à 165 ? Ce dernier cours signifie qu’une piastre or vaut 2 p. 85 papier, alors qu’il y a quinze jours elle en valait 3.10. La différence est sensible ; l’est-elle assez pour que l’on en puisse augurer un retour déjà prochain des valeurs argentines à un état sain ? Ce serait au moins prématuré.

La place de Berlin a fait très bonne contenance devant l’impression si pénible produite dans toute l’Allemagne par la présentation du nouveau projet de loi militaire. Elle a laissé s’alourdir les fonds allemands et prussiens, mais elle a bien soutenu ceux de Russie, d’Italie et de Hongrie. La Russie se relève du coup que lui avait porté la grande disette du précédent hiver. Les finances de cet empire ont eu à subir un assaut auquel les forces économiques de bien peu de pays eussent résisté. Maintenant la brèche est déjà presque entièrement bouchée. Le rouble est comme cloué à 200 marks, ce qui retient l’emprunt d’Orient à 65.50 ; mais le Consolidé k pour 100 se rapproche du pair, à 97.35, et le 3 pour 100 1891, à 80.20, a de nouveau dépassé son prix d’émission.

Le Hongrois a touché 97 ; le voilà, à une faible fraction près, à la hauteur du k pour 100 russe. Ici, depuis quelques années, la transformation a été complète. Aux déficits ont succédé des surplus importans ; on amortit sérieusement et on se prépare à convertir pour diminuer directement les charges d’intérêt.