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Page:Revue des Deux Mondes - 1892 - tome 114.djvu/480

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Au premier abord, ce qu’il y a peut-être de plus caractéristique, c’est l’indifférence assez générale du pays autour de ce scrutin. Cette indifférence n’a sans doute rien de nouveau au-delà des Alpes ; elle semble s’être accentuée cette fois plus que jamais. Sur tous les points, du nord au midi, à Rome surtout, c’est à peine si le quart, tout au plus la moitié des électeurs ont pris part au vote. On dirait que l’opinion s’est désintéressée de ces élections ; à quoi cela tient-il ? Il se peut que bien des électeurs aient été éloignés du scrutin par un article au moins bizarre de la loi électorale, qui exige que chaque votant soit connu des membres du bureau ; on raconte, en effet, de singulières mésaventures qui auraient été la suite de cette exigence. Il se peut aussi que l’abstention tienne en partie au mot d’ordre depuis longtemps répandu parmi les catholiques fidèles au Vatican. Il est possible enfin que la masse votante se fatigue de tant de programmes, de tant de politiques où elle ne voit pas clair et qu’elle se soit refusée à une lutte dont le dénoûment était pressenti, sinon connu d’avance. Les Italiens, qui ont le sens pratique, n’ont pas éprouvé le besoin de se donner des émotions inutiles. Dans tous les cas, l’abstention est un fait certain, et, dans ces conditions, ce qui est tout aussi évident, ce qui fait en définitive la signification de ces élections, c’est que le résultat est bien tel qu’on le prévoyait, que M. Giolitti a le succès sur lequel il comptait. L’armée des candidats ministériels triomphe, elle a près de 350 élus. Les oppositions plus ou moins avérées ne réunissent guère que 100 à 150 voix, et dans ces oppositions, le parti le plus éprouvé paraît être celui de l’extrême gauche, dont les chefs, M. Cavallotii, M. Ferrari, M. Canzio, ne sont pas même élus. De sorte que M. Giolitti, avec son ministère, se trouve pour le moment à la tête d’une immense majorité. C’est fort bien, le tour des élections est joué. Seulement M. Crispi, lui aussi, avait conquis, il y a deux ans, dans les élections, une immense majorité, — il le croyait du moins, — et peu après il était renversé par cette majorité qui n’était plus qu’un assemblage d’élémens incohérens. M. Giolitti sera-t-il plus heureux ? Tout tient évidemment à la politique qu’il suivra, à ce qu’il fera pour résoudre l’insoluble problème de concilier les dépenses militaires auxquelles on ne veut pas renoncer, et les allégemens financiers que réclame l’Italie. Après l’art de se faire une majorité, il y a l’art de la garder et ce n’est pas le plus facile dans l’incohérence des partis italiens.

Des élections, des scrutins, des agitations politiques, il y en a toujours et partout ; il y en a en Europe, il y en a dans le Nouveau-Monde, et le moins important des scrutins du jour n’est point certes celui qui vient de donner un nouveau président aux États-Unis. M. Harrison, le président d’aujourd’hui, n’a pu décidément se faire réélire ; il avait remplacé, il y a quatre ans, M. Cleveland, à la Maison-Blanche, et il