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Page:Revue des Deux Mondes - 1892 - tome 114.djvu/477

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sur cette côte africaine a-t-elle été prévoyante et prudemment conduite ? S’est-on toujours rendu compte de ce qu’on voulait ou de ce qu’on pouvait, de ce que nécessitait exactement la protection de nos intérêts, de ce que coûterait une expédition à l’intérieur du Dahomey ou de la situation qu’elle créerait à la France dans ces parages ? Il est certain qu’il y a eu bien des méprises et des confusions, une série de fausses mesures qui ont eu au moins l’inconvénient de laisser à ce petit roi Behanzin le temps de s’armer, de fortifier son royaume et d’appeler peut-être à son aide des conseillers militaires étrangers qui ne demandaient pas mieux que de nous susciter des embarras. On a fini pourtant par se décider à frapper un coup un peu sérieux, à risquer une marche sur le centre de la puissance dahoméenne, sur Abomey, — et on a pris cette fois le bon parti : on a confié à un officier d’élite les pleins pouvoirs de la France avec un petit corps d’infanterie de marine et de Sénégalais, — avec l’appui des forces navales de la station. L’entreprise n’était pas encore facile. Il y avait à se frayer un chemin à travers un pays de broussailles et de marécages, avec la chance de rencontrer à chaque pas une résistance acharnée, des défenses organisées de toutes parts, une armée fanatisée. L’officier qui a été choisi, M. le colonel Dodds, s’est trouvé heureusement être un chef des plus sérieux, alliant la prudence à la résolution, familier avec toutes les difficultés locales, attentif à tous ses services, soigneux de ses troupes, — et soutenant de son énergie ses soldats au feu comme dans les dures épreuves de cette marche dans une région mystérieuse ! M. le colonel Dodds a conduit cette campagne avec un art supérieur, marchant sans se hâter et sans reculer un instant, assurant ses positions à mesure qu’il les a conquises. Il a eu à livrer plus de dix combats meurtriers où il a perdu du monde, surtout des officiers, sans que son petit corps ait perdu son entrain et sa vaillante humeur. II vient d’emporter par un effort sanglant les derniers retranchemens aux approches d’Abomey et d’en finir, à ce qu’il semble, avec ce qui restait de cette armée dahoméenne qui n’a pas laissé de défendre pied à pied son pays avec intrépidité. Le gouvernement vient de récompenser les beaux services de M. le colonel Dodds par les étoiles de général. L’œuvre militaire semble à peu près accomplie. Reste maintenant à recueillir les fruits de cette brillante campagne, à décider ce qu’on fera pour assurer la position et les intérêts de la France dans ces contrées lointaines.

A défaut des grandes affaires de diplomatie continentale, qui sont encore heureusement au repos ou qui restent le secret des cabinets, la vie publique, parlementaire, se ranime par degrés dans la plupart des pays de l’Europe. Ce n’est pas l’Angleterre qui donne le signal du réveil. Le ministère libéral se fait muet, — et pour la première fois peut-être depuis longtemps le banquet traditionnel du lord-maire vient de se passer sans que le chef ou les leaders du cabinet y aient paru. Ni