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Page:Revue des Deux Mondes - 1892 - tome 114.djvu/449

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Nous n’entendrons plus tinter les cloches de la ville d’Is. Une voix unique va manquer au concert de notre monde, qu’elle avait tour à tour instruit, charmé, inquiété, révolté, amusé. On l’a justement comparée au trille d’Ariel, de l’esprit libéré des poids du réel, formé sur une autre planète pour une humanité différente de la nôtre, et qui frôlait du dehors les idées, les sentimens habituels des enfans d’Adam, en les transformant pour son usage. Un second exemplaire de l’hircocerf, comme il se nommait lui-même, ne sortira sans doute jamais des combinaisons de l’être. Je regardais, dans le cloître de Tréguier, deux vols d’oiseaux s’ébattre sur la tour d’Hastings ; des corneilles, habitantes de la vieille cathédrale, sédentaires sur ses arceaux, voletaient indéfiniment alentour, noires, timides, l’aile lourde et bornée ; au-dessus d’elles, l’orage avait ramené quelques mouettes ; blanches, légères, passantes d’aventure sans nids et sans attaches, ces coureuses d’horizons repartaient pour la mer, emportées aux vents du large qui fouettaient leur éternelle inquiétude, leur folie de tempête et d’illimité. Supposez là-haut une rencontre d’amour entre ces deux espèces : il en naîtrait un oiseau chimérique, travaillé par les instincts contraires des deux races, obstiné sur le cloître, entraîné vers les eaux fuyantes. Ce prodige hybride s’est réalisé une fois, dans l’esprit de M. Renan.

Je n’entreprends pas ici une étude suivie sur l’homme et sur son œuvre. Elle viendrait trop tard pour les curiosités hâtives, déjà