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Page:Revue des Deux Mondes - 1892 - tome 114.djvu/442

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Dans les Huguenots, le quatrième acte a toujours, et, je crois, pour toujours, fait tort au cinquième, qui n’est pourtant pas moins beau. C’est l’acte héroïque par excellence ; Marcel en a la conduite. Le serviteur ici devient le maître et le prêtre aussi. Depuis longtemps, le psaume luthérien se taisait. Voici qu’il reparaît, non plus sous les plafonds dorés du château de Touraine, mais au fond d’un temple où vont venir les assassins, où prient des enfans et des femmes, pauvres voix qui ne peuvent chanter bien haut, mais qui chanteront jusqu’à la mort. Et tandis qu’elles chantent, Marcel paraphrase leur cantique ; il le suit avec des cris d’admiration et de stoïque tendresse. La faiblesse et la force, héroïques toutes deux, se répondent ici ; double leçon pour Valentine et Raoul, et double exemple. De ces petits qui commencent la vie, de ce vieillard qui l’a presque achevée, eux qui l’allaient goûter dans toutes ses délices, ils vont apprendre à la perdre sans peur. Le psaume se déroule, en des tonalités pâles et tristes comme le clair de lune à travers les vitraux blancs. Devant Marcel impassible, presque implacable, Valentine et Raoul se sont agenouillés, attendant l’homélie nuptiale et funèbre. Quel exorde que la fameuse ritournelle de clarinette basse ! Quelle méditation sur la mort, et jusqu’à quelles profondeurs de l’âme elle descend ! Puis, dans l’interrogatoire, entre les terribles sommations de Marcel et les réponses de Raoul et de Valentine, plus modestes devant le martyre, quelle touchante opposition ! A des degrés, ou plutôt en des genres différens, tout est héroïque ici, tout, jusqu’au crime, témoin le chœur des meurtriers et ses fanfares atroces. Héroïque, le choral qui revient par lambeaux, haletant et comme à l’agonie, entre les décharges d’arquebuse ; héroïque, le cri de Valentine : Ils chantent encore ! et le sanglot de Marcel : Ils ne chantent plus. Héroïque enfin, héroïque surtout le trio du dénoûment. On a dit, à propos des Huguenots, qu’il n’y a pas de musique protestante, non plus que de musique catholique. Cela est faux ou vrai, selon les divers momens de l’œuvre de Meyerbeer. Marcel, par exemple, n’est-ce pas « le type luthérien dans toute l’étendue du sens poétique, dans toute l’acception du vrai idéal, du réel artistique, c’est-à-dire de la perfection possible ? » C’est encore George Sand qui parle ainsi et elle a raison. Dans l’allocution de Marcel aux fiancés elle a reconnu la voix du martyre calviniste, « martyre sans extase et sans délire, supplice dont la souffrance est étouffée sous l’orgueil austère et la certitude auguste. »

Mais vienne le trio final, alors tout s’exalte et s’enflamme. Alors il n’y a plus de musique protestante ou catholique, mais de la musique religieuse seulement et la plus héroïque qui fut jamais. Alors