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Page:Revue des Deux Mondes - 1892 - tome 114.djvu/440

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montagne, mais dans le sein de sa demeure, que le sombre patricien a convoqué ses amis. Vous le rappelez-vous, sous son pourpoint noir, distribuant les besognes infâmes ? Vous avez entendu sa voix, hautaine d’abord, puis irritée, furieuse enfin. Dès la première apparition du thème fameux : Pour cette cause sainte, dans les apostrophes soupçonneuses à Nevers, déjà percent l’orgueil et le mépris. La colère maintenant, grondant sous cette autre phrase : Qu’en ce riche quartier la foule répandue, précipite la période entière. Partout et de plus en plus la sécheresse et la dureté ; partout les notes piquées, les dissonances, les rythmes de fer. Voici les petites flûtes, sifflant comme des épées, et les trompettes, les « trompettes hideuses ; » la strette furibonde roule vers l’imprécation suprême, s’y jette et s’y perd… Non, non, les héros montagnards ne chantent pas ainsi. Ce n’est pas ainsi que les harangue Guillaume. Lui n’a pas mis à son front la croix déshonorée, il n’a pas fait du symbole de salut et de douceur un signe de haine et de massacre ; à son bonnet de paysan, il ne porte que la plume de l’aigle, de l’oiseau de la liberté. Je ne sais si je me trompe, mais aux moindres accens de cette musique, je crois reconnaître la sainteté de cette cause. Les conjurés du Rütli frémissent moins de haine que de honte. J’en appelle à la fameuse phrase : Un esclave n’a pas de femme, un esclave n’a pas d’enfans, où l’unisson des voix centuple l’humiliation et l’horreur de l’aveu. Ce caractère de majesté plus que de colère persiste jusqu’au bout, jusqu’à la péroraison splendide, jusque dans les claires fanfares qui se répondent au début du serment ; enfin jusque dans l’effusion dernière : Si parmi nom il est des traîtres ! Nous revenons toujours au rythme dans cette étude ; mais tout l’effet ici (et quel effet ! ) est rythmique. Qui n’a senti la secousse prodigieuse de l’octave brusquement franchie de bas en haut sur les deux mots : des traîtres ! Qui n’a subi le courant et comme le reflux de la période : Refuse à leurs yeux la lumière ? Si l’héroïsme est ici plus pur que dans la Bénédiction des poignards, l’honneur en revient à la nature. Sur la dernière imprécation des bourreaux de Meyerbeer, des flambeaux fumeux achevaient de mourir ; les héros de Rossini descendent de la montagne au lever du jour, avec l’aveu du soleil et le premier sourire du ciel.

Après l’amour, après la nature, il reste une dernière note dont la musique héroïque se trouve plus souvent encore et plus profondément timbrée : c’est la note religieuse. Tout à l’heure et comme de biais, nous avons entrevu dans les Huguenots le fanatisme, ce mensonge de l’héroïsme sacré ; dans les Huguenots encore, mais chez les victimes, nous trouverons le véritable héroïsme religieux.

Pourquoi le chercher là seulement ? Les exemples en sont-ils si