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Page:Revue des Deux Mondes - 1892 - tome 114.djvu/293

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sur le couvercle des soupières, des marmites, voire même des théières et cafetières. Aristote signale le fait dans ses Météorologiques : « La vapeur, dit-il, se condense sous forme d’eau, si on se donne la peine de la recueillir. » Il rappelle, dans un autre passage, une observation moins banale, quoique due sans doute aussi au hasard, mais qui a reçu de notre temps les applications les plus étendues. « L’expérience, ajoute-t-il, nous a appris que l’eau de mer, réduite en vapeur, devient potable ; et le produit vaporisé, une fois condensé, ne reproduit pas l’eau de mer… Le vin et tous les liquides, une fois vaporisés, deviennent eau. » Il semblait donc, d’après Aristote, que l’évaporation changeât la nature des liquides vaporisés et les ramenât tous à un état identique, celui de l’eau. Ce changement était conforme aux idées philosophiques de l’auteur, le vin, aussi bien que l’eau de mer, étant ainsi réduits à un même état, celui de l’eau, principe de la liquidité, c’est-à-dire regardée comme l’un des quatre élémens fondamentaux des choses par les philosophes anciens.

Cependant les remarques d’Aristote sur l’eau de mer ne tardèrent pas à devenir l’origine d’un procédé pratique, signalé par Alexandre d’Aphrodisie, l’un de ses premiers commentateurs, vers le IIe ou le IIIe siècle de notre ère. D’après cet auteur, on chauffait l’eau de mer dans des marmites d’airain, et on recueillait, pour la boire, l’eau condensée à la surface des couvercles. Tel est le premier germe de cette industrie de la distillation de l’eau de mer, mise en pratique aujourd’hui sur une si vaste échelle, à bord des vaisseaux. Les procédés dus à la science du XIXe siècle ont permis de remplacer ainsi ces approvisionnemens d’eau, emportés autrefois dans les voyages de long cours, et dont l’insuffisance ou l’altération a occasionné tant de souffrances et de maladies, relatées dans les récits des vieux navigateurs. Ils parlent sans cesse des relâches fréquentes, nécessitées par les aiguades, c’est-à-dire par la recherche de l’eau sur le rivage : c’est là une préoccupation qui n’existe plus aujourd’hui.

Mais pour obtenir avec l’eau de mer de grandes quantités d’eau potable à peu de frais et en peu de temps, il a fallu la découverte de la distillation et ses perfectionnemens modernes.

Je viens de dire quel était le procédé signalé par Alexandre d’Aphrodisie, pour extraire l’eau potable de l’eau de mer. Des procédés analogues sont décrits par Dioscoride et par Pline, au ier siècle de notre ère, pour la préparation de deux liquides d’un caractère tout différent, le mercure et l’essence de térébenthine. Ces découvertes