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Page:Revue des Deux Mondes - 1892 - tome 114.djvu/219

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puéril qu’il professait. — naguère encore, — pour les moindres futilités de l’élégance mondaine ? L’auteur de Mensonges et de Cœur de femme ne saura jamais, en effet, combien cette sorte d’affectation lui a presque aliéné de lecteurs, de lectrices même, et nous ne saurions trop lui souhaiter d’y avoir renoncé pour toujours… Mais, après cela, s’il y avait, s’il y a dans la Terre promise deux ou trois idées qui fassent l’âme du roman, et si, dans une Préface que l’on attendait, M. Paul Bourget, en définissant les caractères du roman psychologique, a voulu provoquer une discussion d’art, la critique en général a semblé ne pas s’en apercevoir, ni se douter seulement de l’intérêt ou de l’importance de ces idées.

Les uns donc se sont dérobés, en déclarant « que la polémique engagée sur la question du roman d’analyse était un peu vaine à leurs yeux, » et, en ajoutant : « comme tout ce qui tend à trop définir et à enfermer trop strictement dans des règles étroites le génie ou le talent de l’écrivain. » C’est avec ce bel argument que, sous prétexte de libéralisme ou de largeur d’esprit, on en arrive à faire, du plaisir personnel et présent qu’un roman ou un tableau nous procure, le juge unique et souverain de sa valeur d’art. Comment cependant ne voit-on pas ce que cette manière d’entendre la critique a d’innocemment insultant pour l’artiste, qu’elle réduit à la condition d’amuseur public, et pour le lecteur, qui n’est que rarement curieux de savoir ce qui nous plaît ou ce qui nous déplaît, à nous qui lui parlons ? Le bon critique ne met point le public dans la confidence de ses goûts ; et, dans un genre faux, bâtard ou douteux, il n’est écrivain qui ne perde la moitié de son talent. Une polémique n’est donc jamais « vaine, » qui peut servir à préciser l’esthétique d’un artiste ou d’un genre ; si M. Paul Bourget a écrit sa Préface, il en a eu ses raisons ; et c’est pourquoi je me plains que la critique n’ait pas cru devoir les discuter.

Aussi bien, veut-on voir l’utilité d’une discussion de ce genre, et le profit que pourrait en tirer une certaine critique elle-même ? « Les premières lignes de la préface de la Terre promise m’ont tout d’abord donné le frisson, écrivait quelqu’un l’autre jour. J’ai eu crainte d’avoir affaire au roman à thèse, à ce roman doctrinaire et raisonneur, où l’auteur passe à chaque instant sa tête à travers le rideau, de façon à vous ôter toute illusion sur la réalité des personnages qu’il met en scène. » Le romancier qui s’exprimait ainsi, — car c’est un romancier, paysagiste souvent exquis, inventeur abondant et facile, observateur précis de la réalité, peintre véridique et aimable des mœurs de province, — se doute-t-il que, ce qui manque à ses propres romans, c’est la « thèse, » comme il l’appelle, ou « l’idée ? » Oui ; s’ils étaient quelque chose de plus que des anecdotes ou des tableaux de genre ; que des faits divers qui ne se dépassent pas eux-mêmes, pour ainsi