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Page:Revue des Deux Mondes - 1892 - tome 114.djvu/174

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I

Edgar Quinet, Lyonnais comme Pierre Valdo, comme Ballanche et un peu comme Chalier, et prédestiné au mysticisme, au symbolisme et à l’éloquence, est né à Bourg en 1803. Le Bressan n’est pas lyonnais, il ne l’est nullement quand il est de la Bresse montagneuse, suisse ou savoyarde, qui commence à l’est de l’Ain. Il l’est très nettement, sauf mélange de sangs, quand il est originaire de la vaste plaine, Bresse proprement dite, qui va de la Saône au Revermont, plus encore s’il est de la Dombes, ce pays stagnant, brumeux, fiévreux et mélancolique, tout en marais, en terres détrempées et molles, en végétations grasses, en grandes flaques luisant sous le soleil de midi, ou fumant sous le soleil du matin, tout plein de langueurs et tout peuplé des hallucinations de la fièvre. Quinet, homme mûr, a chanté ce pays avec transport ; enfant, il l’a adoré. Il a redit souvent les vacances à Certines, en pleine Dombes, dans la maison paternelle, dans la compagnie des faucheurs, des pêcheurs et des paludiers, le long des ruisseaux lents et des marais immobiles d’où se dressaient les profils graves des hérons, d’où s’enlevaient lourdement les sarcelles, où glissaient entre les feuilles plates les gros serpens d’eau au col bleu. Toute sa jeunesse « a été embarrassée, enveloppée de cette influence d’une nature primitive, qui n’était pas encore domptée, réglée, asservie par l’homme. Elle agissait sur lui en souveraine… Elle l’obsédait de ses plaintes, de ses sanglots, de ses misères, de ses impénétrables,