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Page:Revue des Deux Mondes - 1892 - tome 114.djvu/143

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lieu qu’aux heures d’activité des ateliers ; et les eaux ménagères s’écoulent, irrégulières et intermittentes, principalement au moment où le Parisien fait sa toilette, ou après qu’il a pris ses repas. — En juillet, la quantité d’eau distribuée dépasse, à certains jours, 500,000 mètres cubes ; elle est, en janvier, à peine supérieure à 300,000. En fait, on peut dire que le volume journalier moyen des eaux à expulser est ordinairement, aujourd’hui, de 400,000 mètres cubes, avec des variations fréquentes de 100,000 à 150,000 mètres cubes en plus ou en moins ; exceptionnellement, quand, en été, un orage coïncide avec un maximum de consommation, ce volume peut atteindre 600,000 mètres cubes.

Aux souillures de la voie publique et des nombreux édicules qui l’encombrent, pour la plus grande commodité des passans imprévoyans ou surpris, à ces eaux qu’on appelle ménagères et qui sortent des cuisines, des toilettes et des buanderies parisiennes, chargées de graisses et de savon, à celles rejetées par les nombreuses industries réputées insalubres, qui s’exercent dans près de 4,000 établissemens situés à l’intérieur de la ville, à ce qui s’écoule des vacheries, des écuries, des marchés, des abattoirs, à toute cette fange s’ajoutent, pour composer l’eau d’égout, les résidus de ce merveilleux laboratoire qui s’appelle le corps humain. Non que tout aille aujourd’hui à l’égout, ni même qu’on puisse espérer que les humilians déchets des 2 millions et demi d’existences entassées dans Paris puissent en être totalement éloignés, par la voie de l’égout, dans un avenir prochain. Actuellement, la Salpêtrière, les Invalides, l’École militaire, quelques autres établissemens publics, et seulement 3,000 maisons, à peu près, sur 85,000 jouissent ouvertement de cet avantage. D’autres se le procurent plus ou moins hypocritement au moyen d’appareils mobiles, infidèles dépositaires de ce qu’on leur confie. Le nombre des maisons qui recourent à ce subterfuge s’accroît chaque année. Il est aujourd’hui de plus de 21,000. Dans les autres, où se pressent peut-être les trois quarts de la population, continue à subsister le mode barbare de l’emmagasinement dans les fosses. Si quelque nouveau Diable boiteux venait à soulever non plus seulement les toits des maisons, mais les maisons elles-mêmes, il montrerait à nos regards offensés 60,000 cloaques où, plus mornes que l’Averne, d’immondes amas croupissent et fermentent :

…….. talis sese halitus atris
Faucibus effundens supera ad couvexa ferebat.

Une aération forcément insuffisante, la concentration, et surtout la stagnation y sont favorables à la pullulation des fermens