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Page:Revue des Deux Mondes - 1892 - tome 112.djvu/938

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de la canaille, ces fortes expressions de réprobation et de dégoût chez les témoins impartiaux de toute condition, il est impossible de se méprendre sur la première impression des honnêtes gens devant les hommes et les faits de la Révolution ; ils en jugèrent comme nous jugions, il y a vingt ans, les fureurs crapuleuses de la Commune de Paris. M. V. Fournel vient de nous donner une amusante publication sur le Patriote Palloy et l’Exploitation de la Bastille. Il faut la lire pour connaître les dessous grotesques d’une révolution. Cet industriel hâbleur et madré, en avance sur son temps par le génie de la réclame politique, est le véritable vainqueur de la Bastille ; il s’empare de la vieille citadelle et la débite aux badauds par menus fragmens, comme l’on débita naguère sous nos yeux les pierres des Tuileries. Il organise des cérémonies civiques pour faire aller son commerce ; partout et toujours, Palloy bourdonne, pétitionne, soumissionne toutes les basses œuvres de la Révolution. La Convention lui cède l’entreprise de nettoyer Paris des statues et des vestiges de la monarchie ; il devient le démolisseur officiel de l’ancienne France. Jusqu’à l’époque, moins heureuse pour lui, où on le retrouve mendiant et composant des cantates dans les antichambres de Napoléon, de Louis XVIII et de Louis-Philippe, Palloy est quelqu’un, il compte dans les fastes révolutionnaires. Il est patriote de son état, il signe de ce titre, accolé à son nom, dans la très faible mesure où sa main peut signer ; il en vit ; avec un peu plus de chance et de suite dans les idées, cette profession bien française, et que nous avons vue refleurir, l’eût poussé comme tant d’autres aux grands premiers rôles. Et toute sa vie n’est qu’une énorme farce qui devrait relever du théâtre de la foire !

Tout cela est certain ; pourtant, il n’est plus permis à l’historien de juger la Révolution comme nous jugeons la Commune, que les nouveau - venus ne jugent déjà plus comme nous, après vingt ans. Haussés progressivement par l’optique ultérieure, événemens et figures se sont établis dans la grande, la sérieuse histoire, incertaine de son verdict. Le blâme se cantonne timidement sur quelques crimes particuliers, et encore ! Le côté de farce a été éliminé de la physionomie générale. Le temps a transformé et purifié. Cela rend très pensif ; surtout quand on se reporte à des litiges encore plus anciens et définitivement classés : par exemple, à l’émancipation des communes du moyen âge, qui nous apparaît aujourd’hui comme l’un des grands et nobles efforts historiques de notre race ; quand on se représente ce que dut être l’indignation sincère des bons seigneurs devant cette abominable rébellion des vilains. Ainsi, dans quelques centaines d’années, l’histoire contemplera du même