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Page:Revue des Deux Mondes - 1892 - tome 112.djvu/935

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Une idée ? Si vous emportiez simplement votre Littré ? — Le plus amusant des livres, en effet ; mais trop encombrant. — Ah ! nous avons encore les derniers traités de nos éminens moralistes ; vous y prendrez intérêt : ils cherchent un dieu nouveau d’une façon tout à fait neuve. — Est-ce qu’ils le trouvent ? — Comment vous dire ? On ne peut pas affirmer brutalement qu’ils le tiennent, ce qui s’appellent tenir ; mais j’en sais quelques-uns qui approchent, qui brûlent : un peu de patience, il arrive, il arrive… — Je vais à la montagne, ou à la mer ; je n’ai pas besoin de vos moralistes pour y retrouver le bon Dieu. Il s’y montre bien tout seul. — Voudriez-vous cet ouvrage d’économie politique, qui est de premier ordre, ou ce recueil de Discours parlementaires ? — Oh ! vous n’avez pas regardé le thermomètre ! — Alors, il y a Racine, et André Chénier. Il y a la Princesse de Clèves et la Nouvelle Héloïse. On n’a pas fait mieux dans le roman de passion. — (Stupéfaction des personnes a du monde. » Elles croient à une mauvaise plaisanterie, ou à un outrage, surtout quand elles ne sont pas très sûres d’avoir jamais fréquenté ces vieilles gens. D’ailleurs il leur faut du nouveau.) — Prenez donc du vieux-neuf, ces mémoires sur la Révolution et sur l’Empire que les bureaux des morts ne cessent de dégorger : Mme de Gontaut, Virieu, Hyde de Neuville. — A la bonne heure. On ne s’en rassasie jamais, cela plaît à tout le monde : à ma belle-mère, aux enfans, à leur gouvernante. Voilà mon affaire ! »

A voir notre appétit si paresseux devant l’immense production contemporaine, et si friand de ces souvenirs des temps agités, il semble que toute cette action, accumulée par nos grands-parens, soit pour notre torpeur comme le vieux calorique emmagasiné dans le charbon ; on ne se lasse pas de l’extraire de la mine, à l’usage de gens qui ne trouvent plus sur leur terre de quoi se chauffer. Le plus humble document nous enchante, pourvu qu’il ressuscite un peu de la flamme de vie dépensée entre 1789 et 1830. Les gens de ce siècle finissant, peuple heureux par définition, puisqu’il n’a plus d’histoire, vont revivre de préférence dans ces temps malheureux, mais fertiles pour l’histoire. Serait-il juste d’en conclure que les spectacles de notre époque sont moins attachans ? Ils le sont autrement : peut-être plus pour la pensée, moins pour l’imagination. Par comparaison avec les genres classiques du théâtre, on peut dire que la scène contemporaine ne laisse rien désirer à l’amateur, pour la comédie de mœurs et le drame philosophique ; pour la tragédie et le drame d’aventures, le répertoire de nos pères l’emporte. Le public de la Comédie-Française n’est pas fondé à se plaindre aujourd’hui ; il y a moins de satisfaction