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Page:Revue des Deux Mondes - 1892 - tome 112.djvu/904

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de grands espaces incultes où les troupeaux paissent une herbe rare. Çà et là, quelques petits villages aux murs en terre, peu d’arbres, des mûriers, peupliers et de grands ormes (kara-agatch). Après quelques heures de marche, les guides s’arrêtent dans un petit hameau au pied d’une vieille citadelle.

— Nous sommes arrivés, disent-ils.

Quoi, c’est là Ourgendj ? Quelques maisons au pied de cette citadelle. Aussi, ayant pris le thé, et toujours féru de l’idée de l’importance de la ville, je remonte à cheval pour visiter le hameau. Il n’y a qu’un seul caravansérail et il est vide. Pas de marchandises. Ce n’est qu’à l’époque de la récolte du coton, me dit-on, que ce caravansérail s’anime de l’allée et venue des animaux apportant la ouate brute.

La citadelle est une immense butte de terre, entourée de cloaques boueux imitant des fossés. Les murs sont en ruines. La ville d’Ourgendj, bien déchue aujourd’hui, est située non loin du fleuve, à la naissance du grand harik Chahabbat. C’est le centre d’exportation du coton produit dans les oasis khiviennes. Trois usines ont été installées pour nettoyer le coton, séparer les graines de la ouate, et expédier cette ouate, comprimée par les presses, jusqu’à Tcharjoui ou Koungrad.

Aujourd’hui, Ourgendj au sud du khanat et Koungrad au nord sont les deux villes commerçantes du pays. L’importance de Koungrad est supérieure à celle d’Ourgendj, comme on le verra par la suite.

La route la plus directe pour atteindre Tchimbai eût été de se laisser descendre au fil de l’eau. Mais, en causant avec les indigènes, j’en appris de belles.

Il y avait dans le désert, sur l’autre rive du fleuve, un château nommé Kizil-Kala (le château rouge) qui contenait un trésor. Était-ce de l’or ou bien de l’argent ? on ne me le disait point exactement, mais tout le monde s’accordait à dire qu’il y avait un trésor, que le diable y habitait et que personne n’avait pu encore vaincre les enchantemens pour en entrer en possession. Un château ayant une aussi belle légende valait bien la peine d’une visite, et le lendemain, au soleil levant, une barque me transportait vers l’autre rive du fleuve.

— Vois-tu là-bas cette haute tour ? me dit le batelier, c’est Cheikh-Abas-Ali.

Et lentement la barque traverse le fleuve, biaisant pour couper le courant aux endroits les moins difficiles. Puis nous pénétrons entre les îles, alors on dirait une rivière au courant calme entre des rives basses couvertes de roseaux, de tamaris, de quelques arbustes rabougris. Ces îles, il en est de grandes, sont inhabitées.