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Page:Revue des Deux Mondes - 1892 - tome 112.djvu/896

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de la spéculation s’est emparé de leurs esprits mercantiles et les a transformés.

Les Khiviens sont aujourd’hui intéressans à étudier, en ce qu’ils montrent la situation dans laquelle la Russie conquérante a trouvé l’indigène de l’Asie centrale, et comment, par un mélange de liberté et de protection bien entendu, elle a su leur permettre de développer leurs facultés, comment elle a su, en un mot, les civiliser.

Tous ont la même forme de vêtement. C’est toujours cette grande robe de chambre, le khalat, robe sans boutons, se serrant autour du corps par une ceinture. La qualité de l’étoffe, et par suite la valeur du vêtement, varient seulement d’après la condition de fortune de l’individu. Sous ce khalat ils portent un pantalon flottant de toile blanche, s’arrètant au-dessous du genou, et une chemise de même étoffe. On retrouve ce costume chez tous les indigènes de l’Asie centrale. La seule particularité de l’habillement khivien est le grand bonnet en peau de mouton. Ce bonnet rappelle, comme forme et comme hauteur, celui que l’on voyait jadis aux sapeurs portant la hache.

Le costume des femmes se compose d’un grand pantalon en cotonnade rouge tombant jusqu’aux pieds, d’une chemise en général de couleur et, par-dessus, un khalat d’étoffe fine, en soie chez les femmes riches. Elles portent dans la rue un grand voile noir.


IV. — AUDIENCE DU KHAN.

Deux heures de l’après-midi ; un officier du palais vient me chercher dans une voiture de la cour, Victoria à deux chevaux. Il fait chaud. Dans les rues, c’est une poussière épaisse. On dirait un temps d’orage. La voiture s’arrête devant un grand mur percé d’une large porte cochère.

C’est le palais où réside actuellement le khan ; aucun décor extérieur, aucune peinture, sur ce grand mur d’argile jaune. A peine entré, il faut traverser des corridors étroits et sombres, jusqu’à une petite cour, sorte de vestibule d’attente, où se trouve mon aimable hôte, le premier ministre. Et nous pénétrons vers les parties plus centrales du palais. Pas une grande salle belle et bien aménagée, c’est une série de cours oblongues et étroites, bordées de petites chambrettes ; c’est un fouillis, un dédale inextricable, un labyrinthe de passages sombres, une série de portes basses, sous lesquelles vous passez en vous courbant. De tels gens, vivant dans un tel milieu, n’ont jamais dû aimer la logique ! Une porte plus basse que les autres conduit dans une grande cour, plantée de peupliers et garnie de constructions élégantes sur trois faces et,