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Page:Revue des Deux Mondes - 1892 - tome 112.djvu/75

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qu’il y avait de chapitres à l’enquête, et ces tableaux sont eux-mêmes condensés et résumés dans des moyennes générales qu’on est fondé à considérer comme une approximation aussi exacte que possible de la vérité. J’ai été conduit par le cours de mes études (les lecteurs de la Revue en savent malheureusement quelque chose) à manipuler pas mal de volumes d’enquêtes et de statistiques. Je n’hésite pas à proclamer celui-ci un chef-d’œuvre de méthode, de distribution et de clarté. Il ne nous reste plus qu’à l’ouvrir.

Commençons par la question vitale, celle des salaires. 13,822 ouvrières ont été interrogées dans dix-sept villes différentes sur leur gain de chaque jour. Ces femmes appartenaient aux professions les plus diverses. Il s’en faut, comme on peut penser, que leurs réponses aient été uniformes. Avant d’entrer dans les détails de l’enquête, donnons d’abord le résultat général.

D’après un tableau récapitulatif, le salaire moyen d’une ouvrière aux États-Unis serait de 5 dollars 2/1 cents par semaine, c’est-à-dire de 26 fr. 20, ce qui fait pour six jours ouvrables, car le travail est toujours suspendu le dimanche, un salaire moyen de 4 fr. 35 environ. C’est là un salaire élevé, par comparaison à la France, où nous savons par la statistique et surtout par l’expérience que le salaire moyen des femmes oscille entre 2 et 3 francs, s’élevant rarement au-dessus de 3 et descendant souvent au-dessous de 2. Aux États-Unis, l’exactitude de cette moyenne, par comparaison avec la réalité, est affectée par deux causes : l’abaissement du salaire dans certaines villes : Richmond, Atlanta, la Nouvelle-Orléans, où les ouvrières de couleur ont encore l’habitude de travailler pour un salaire inférieur à celui des ouvrières blanches ; son exagération, au contraire, dans certaines villes relativement nouvelles, San-Francisco, San-José, Saint-Paul, où la rareté de la main-d’œuvre fait hausser le prix du travail. Mais il est à remarquer que dans les grands centres industriels de New-York, de Brooklyn, de Boston, de Philadelphie, qui peuvent être comparés à nos villes de Paris, de Lyon, de Rouen ou de Lille, le salaire s’élève au-dessus de la moyenne générale et atteint de 4 fr. 50 à 5 et 6 francs par jour, ce qui, avec nos idées européennes, est un salaire excessivement élevé pour une femme. Nos statisticiens d’Amérique sont gens cependant trop avisés pour se contenter d’indications aussi générales. Ils savent parfaitement qu’une moyenne n’a d’intérêt que si elle est conforme à la réalité, et qu’il suffit de quelques chiffres très faibles ou très élevés pour fausser complètement son exactitude. Aussi ont-ils tenu à nous faire pénétrer dans les détails de leur enquête. Ils ont divisé les 13,822 ouvrières interrogées par eux en catégories, suivant les