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Page:Revue des Deux Mondes - 1892 - tome 112.djvu/74

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employées dans les professions manuelles. Mais les renseignemens qu’il nous fournit sont déjà, par eux-mêmes, assez intéressans pour qu’il vaille la peine de feuilleter le gros volume de 631 pages (en petit texte), qui, par-dessus l’Atlantique, a l’obligeance de nous les apporter.

Un mot, d’abord, sur le mode d’investigation employé par le bureau du travail. Cette méthode diffère absolument de celle qui fut employée en France lorsque le gouvernement entreprit, il y a quelques années, d’établir une statistique générale des salaires. On n’a point envoyé au représentant du pouvoir municipal dans chaque commune un tableau tout préparé que celui-ci a rempli plus ou moins consciencieusement, ou qu’il n’a pas rempli du tout. On n’a pas totalisé ces chiffres, dont un grand nombre sont inexacts, pour les répartir en trois ou quatre industries, et établir ensuite des moyennes qui, dans un grand nombre de cas, ne répondent pas à la réalité des faits. On n’a pas enfin résumé ces chiffres en un tableau unique par industrie et par département, dont les colonnes arides et d’une lecture difficile n’ont même pas le mérite de leur apparente précision. Le commissaire du travail aux États-Unis, M. Carroll-Wright, qui est un homme de première valeur, a procédé tout autrement. Il s’est inspiré, mais en l’étendant et la généralisant, de la méthode des monographies, inaugurée et préconisée par l’illustre Le Play, qui opère sur les individus au lieu d’opérer sur des chiffres, et donne par là des résultats à la fois plus vivans et plus exacts. Sur l’immense territoire qui s’étend de New-York à San-Francisco, et de la Nouvelle-Orléans à Chicago, il a fait choix de dix-sept villes situées dans des conditions différentes de climat et d’industrie, mais dont chacune peut être considérée comme représentant une région. Dans chacune de ces villes il a dépêché dix-sept inspecteurs, ou plutôt dix-sept inspectrices, car ce sont des femmes qui ont été chargées de ce travail d’enquête minutieuse. Ces inspectrices avaient mission de s’installer dans chacune de ces villes, d’y séjourner tout le temps nécessaire et d’y interroger le plus grand nombre possible d’ouvrières. Leurs questions devaient porter non pas seulement sur la vie industrielle, mais encore sur la vie morale des femmes qu’elles interrogeaient. Enfin, leurs investigations devaient s’étendre aux œuvres de toute nature destinées à venir en aide aux ouvrières. Par ce procédé, 17,427 ouvrières appartenant à près de deux cents professions différentes ont été interrogées. D’après les appréciations de M. Carroll-Wright, le nombre des ouvrières interrogées représenterait du sixième au septième du chiffre total de la population ouvrière féminine. Chaque ville a fait l’objet d’un rapport spécial ; mais ces rapports sont résumés dans autant de tableaux