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Page:Revue des Deux Mondes - 1892 - tome 112.djvu/718

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que cette tentative de diplomatie impérieuse n’a pas réussi, et ici revient l’invariable question : que s’était proposé lord Salisbury ? Avait-il voulu donner une grande satisfaction à l’orgueil britannique en prenant, par un coup hardi, une position prépondérante au Maroc ? Il est certain que, dans ce cas, il a échoué, non devant l’influence occulte et hostile de la France, mais parce que, apparemment, le sultan n’a pas tenu à se laisser mettre en tutelle. A-t-il voulu, plus simplement, s’assurer un beau succès au moment où allaient s’ouvrir les élections ? Il n’a pas mieux réussi sous ce rapport. Sans doute l’Angleterre n’en est pas à cela près, elle retrouvera son influence au Maroc ; mais lord Salisbury a perdu, pour le moment, l’avantage d’aborder le scrutin avec la popularité d’une victoire de sa diplomatie.

Voilà donc, au milieu des incidens du jour, ces élections anglaises faites et parfaites ! Voilà ce scrutin si compliqué et si prolongé qui vient de se clore, après avoir mis en mouvement six millions d’électeurs, non pas sans quelque agitation ou sans quelques conflits partiels en Irlande, mais sans que rien ait troublé ou interrompu cette libre manifestation d’opinion ! Elles ont un rare intérêt, ces élections, et par la manière dont elles se sont accomplies, et par les problèmes qui s’agitent entre les partis et par les conséquences qui en peuvent résulter, qui vont maintenant se dérouler.

Rien n’est assurément plus curieux, rien ne peint mieux le caractère et les mœurs britanniques que cette grande consultation nationale qui a commencé il y a déjà trois semaines, au lendemain de la proclamation royale, et qui vient à peine de dire son dernier mot, — qui ne ressemble à aucune autre. Dans la plupart des pays les élections se font en un jour ou deux, on a hâte de savoir ce qu’il y a au fond de l’urne qui est souvent la boîte aux surprises ; ici en Angleterre, tout se fait successivement, méthodiquement, jour par jour, sans hâte et sans impatience. Ce sont d’abord les collèges où les candidats qui n’ont pas de concurrens sont élus spontanément, sans avoir même à subir l’épreuve du vote : lord Randolph Churchill a été le premier élu de ce genre. Puis sont venus les bourgs, les villes, les universités, Londres, Birmingham, Liverpool, Manchester, qui ont un ou plusieurs députés à élire. La ville de Londres seule a soixante-deux représentans. Puis enfin, dans les comtés, les districts ruraux ont fait leur œuvre jusqu’à ces jours passés. Depuis trois semaines on a pu suivre ce vaste mouvement, cette longue et grande bataille, comptant chaque jour les victoires et les défaites, les gains et les pertes des partis. On a pu assister à ce combat de scrutin, à ce puissant jeu électoral, qu’une caricature anglaise a représenté récemment sous la figure d’une échelle doubleront lord Salisbury et M. Gladstone gravissaient chacun de son côté, jour par jour, les échelons, — jusqu’au moment où le premier arrivé au sommet de l’échelle est resté le vainqueur. Le vainqueur,