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Page:Revue des Deux Mondes - 1892 - tome 112.djvu/716

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force à expédier, un commandement à donner, un crédit à demander. Il ruse quelquefois pour se tirer d’embarras. Il n’en est que plus menacé. Il vit en louvoyant, en livrant plus ou moins ses droits.

Au fond, c’est là toute la question. Le mal invétéré, c’est que l’idée d’ordre et de légalité est attaquée de toutes parts et sous toutes les formes, que les institutions, les lois, la justice, les plus simples garanties, les droits les plus naturels du pouvoir, semblent n’être plus que des mots dont on se joue. On dirait parfois que tout est livré au hasard des fantaisies déchaînées. Les députés veulent diriger des expéditions ou administrer. Il y a des journaux qui font la police, qui violent tranquillement les secrets des délibérations d’un jury, qui disposent de tout sans façon. Tout le monde gouverne, excepté le gouvernement qui ne sait de quel côté se tourner, et est aussi embarrassé avec le conseil municipal de Paris qu’avec la chambre. Certes, s’il est une chose évidente, démontrée par de récens et trop crians événemens, c’est la nécessité de relever et de fortifier la police. Le gouvernement a eu l’idée bien simple d’augmenter le nombre des gardiens de la paix et d’élever un peu le modeste traitement de braves gens employés au plus ingrat, au plus dur métier. Il a proposé une loi que les chambres ont votée. Malheureusement la ville de Paris contribue aux frais de police, et le conseil municipal tient la bourse de la ville de Paris. Qu’est-il arrivé ? Le conseil municipal, qui a des prétentions sur la police quand il ne rêve pas de nouveaux anniversaires, a commencé par ajourner indéfiniment la question, au risque de blesser les intérêts d’utiles serviteurs, et de laisser Paris sans protection. On ne s’est pas tenu pour battu, on a repris l’affaire, et à la dernière extrémité, au milieu du tapage et des violences, cet étrange conseil municipal a pourtant fini par se décider à voter l’augmentation des traitemens ; mais il a continué à repousser l’augmentation du nombre des gardiens de la paix. Voilà donc le gouvernement paralysé dans son action protectrice, — s’il n’avait la ressource d’inscrire tout simplement d’office la dépense nouvelle au budget de la ville. Et c’est ainsi qu’à tout propos éclate cette manie d’illégalité et d’usurpation devant laquelle les ministères se croient trop souvent obligés de plier. Malheureusement, c’est la France qui paie les frais de toutes ces incohérences dans ses plus précieux intérêts, et elle ne se sent pas suffisamment dédommagée par des fêtes comme celle qu’on lui promet pour le 22 septembre ou même comme celle du dernier 14 juillet. Ce n’est pas toujours sur le continent, sur ce vieux sol si souvent foulé par les guerres, ce n’est pas là toujours ni exclusivement que se rencontrent les grandes influences du monde, que se décide l’éternelle question de l’équilibre et de la paix. C’est aussi bien désormais dans les Balkans ou dans l’extrême Orient, dans l’Afghanistan, ou à Madagascar, en Egypte ou au Maroc, dans la Méditerranée comme dans