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Page:Revue des Deux Mondes - 1892 - tome 112.djvu/574

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aux thermes, et les thermes eux-mêmes existaient-ils encore ? Autant de questions dignes d’intérêt et auxquelles un seul homme pourrait répondre : le savant M. Corvisieri. Mais quelle qu’ait été son utilisation transitoire, il avait conservé sa parure première. Il la possédait encore après sa nouvelle consécration. C’était toujours un monument à la décoration duquel les métaux concouraient brillamment. De là lui vint un des plus grands outrages qu’il eût reçus des hommes. Genséric avait pillé Rome pendant quatorze jours, et le sac d’Alaric en avait duré trois, sans que le Panthéon eût été autrement endommagé. Mais en 663, l’empereur Constant, étant venu passer douze jours à Rome, y donna un spectacle déplorable. En même temps qu’il faisait ses dévotions aux sanctuaires les plus vénérés, il dépouillait la ville de tous les ornemens de métal qu’il put emporter. A peine épargna-t-il Saint-Pierre. Mais il enleva, entre autres objets précieux, les tuiles de bronze doré qui formaient la toiture de la Rotonde. Depuis, on verra souvent les papes occupés à revêtir de plomb la coupole ainsi dénudée. C’est un travail de réfection et d’entretien dont on trouve la trace depuis Grégoire III, en 725, jusqu’aux pontificats de Martin V, d’Eugène IV et de Nicolas V qui appartiennent tous trois au XVe siècle. Un souci qu’ont eu également les papes, a été celui de débarrasser le portique des échoppes et des boutiques de petits marchands et d’artisans qui le déshonoraient. Eugène IV, Clément VII et Paul V se distinguèrent en cela par leur zèle. On s’y reprendra à bien des fois pour isoler le Panthéon, et ce ne sera qu’en 1823 qu’on verra la place nettoyée, et seulement en 1881 que l’édifice sera délivré des dernières constructions qui l’enserraient.

La partie de l’histoire du Panthéon qui nous intéresse le plus commence à la Renaissance, parce qu’elle se mêle alors à l’histoire de l’art. Tel que nous le voyons aujourd’hui, le monument présente à l’intérieur des dispositions très claires et qui n’ont jamais été changées. Élevé sur un plan circulaire et avec sa coupole, toute sa construction repose sur huit massifs de maçonnerie ou pieds-droits et sur des colonnes. On y voit quinze autels, sept grands, placés dans les enfoncemens qui sont entre les pieds-droits, et huit petits, qui, appliqués à ces parties pleines, sont surmontés de tabernacles portés sur des colonnes plus petites. Au-dessus règne un entablement, et tout cela constitue la structure et la décoration du rez-de-chaussée. Plus haut se développe un grand bandeau, un attique percé de fenêtres couronnées de frontons et séparées les unes des autres par des compartimens de stuc de différentes couleurs. Puis sur un second entablement s’élève la coupole avec ses caissons. Cet ensemble de lignes et de formes est rehaussé par la richesse des matériaux. Pas une partie qui, d’abord, n’ait été