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Page:Revue des Deux Mondes - 1892 - tome 112.djvu/559

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Potius mori, dit-il à son neveu, en manière de conclusion. — Ah, potius mori, s’écria Napoléon, plutôt Maury. Eh bien ! vous l’aurez ! — Et quelques jours après, pendant que Fesch, en pleine disgrâce, dépouillé de la grande aumônerie et de la majeure partie de ses revenus, se retirait à Lyon, l’empereur annonçait brusquement à l’évêque de Montefiascone qu’il venait de le nommer archevêque de Paris. Maury connaissait mieux que personne la situation, étant l’inventeur de l’expédient auquel on lui demandait de se prêter. Sa réponse lut fort belle et de grande allure : « Sire, c’est donc pour assister aux funérailles de la religion. » Mais Napoléon, qui avait appris à le connaître, lui donna le temps de la réflexion, sûr de ce qu’elle amènerait.

Qu’on se rappelle quelle était alors la position de l’Église et de son chef. Brutalement enlevé au Quirinal par le général Radet, traîné à Florence, à Grenoble et de Grenoble à Savone, sans égards pour son âge et ses infirmités, sérieusement malade pendant ce rude voyage, le saint-père était arrivé en Ligurie en pitoyable état. Le genre de vie qu’il menait à Savone, séquestré par M. de Chabrol, harcelé par l’empereur, en proie aux plus cruelles émotions, frappé dans sa dignité et dans ses affections, n’était pas de nature à le rétablir. Sa santé causa même à plusieurs reprises de vives inquiétudes. La mort du pape et l’ouverture d’un conclave étaient donc des éventualités auxquelles il était impossible de ne pas penser. Napoléon, a dit Mme de Staël, voulait avoir un clergé comme il avait des chambellans. L’idée d’un pape docile, soumis, lui permettant d’exercer sur l’Église cette domination qui était dans la tradition des Césars romains et que les empereurs allemands avaient toujours cherché à établir, cette idée l’a hanté souvent. Les dictées de Sainte-Hélène en font loi. Il songeait à transférer le saint-siège en France, non pas à Avignon, mais à Paris. Des dispositions ont même été prises par son ordre en vue de ce transfert. Le palais archiépiscopal, somptueusement restauré, décoré des plus riches tapisseries des Gobelins, serait devenu le palais papal. Il porta même déjà ce nom dans certaines publications quasi officielles. Mais ce n’était pas avec un pontife italien, ayant régné sur Rome et demeuré au Vatican, qu’un pareil rêve pouvait être entièrement réalisé. Il fallait un pape français, un Bertrand de Got. L’empereur devait se croire en mesure de faire élire son candidat. Quel serait ce candidat ? Le premier nom qui se présente à l’esprit est celui du cardinal Fesch. Mais, outre qu’il était alors en disgrâce, le primat des Gaules manquait de souplesse et venait de donner une preuve éclatante d’opiniâtreté. A défaut de