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Page:Revue des Deux Mondes - 1892 - tome 112.djvu/544

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d’aller chercher un candidat dans la faction adverse lui vaudrait l’amitié de cette faction et l’appui assuré du nouveau pontife. C’est en effet sur l’initiative d’Antonelli, que Pie VII fut élu. Chose curieuse, dans les rapports détaillés que Maury envoyait à Mittau, cet incident est passé sous silence. Maury se dit l’ami de l’évêque d’Imola, se réjouit hautement à la pensée de son élévation possible au trône pontifical, et raille Antonelli de faire les affaires de la faction adverse, mais il n’avoue pas qu’il ait cabale en sous-main pour Chiaramonti. Et pourtant, Maury n’est pas modeste, Maury ne craint pas de se faire valoir et de se mettre en avant. Est-ce à dire qu’il faille reléguer au rang des fables le curieux récit du comte d’Haussonville ? Nous ne le pensons pas. Le plus probable est que Maury n’a pas cru devoir trop marquer au comte de Provence sa coopération dans un choix qui était pour l’empereur un gros échec, mais qui n’était pas un succès pour la cour de Mittau. Non-seulement le nouvel élu n’était pas Maury, mais il n’était pas un cardinal français. Il n’était pas même « un prélat qui se souvint du moins que la France est le royaume très chrétien, et que son monarque est le fils aîné de l’Église. » En effet, Chiaramonti, en 1797, avait loué publiquement la démocratie, avait adhéré sans arrière-pensée à la constitution de la République cisalpine et, lors de l’invasion française, était resté dans son diocèse. Ce fait tout exceptionnel lui avait valu les éloges du général Bonaparte, de l’homme dont le retour d’Egypte avait troublé les têtes, dont « la despotique et colossale puissance, » pour parler comme Maury, faisait trembler l’Europe. Irons-nous jusqu’à dire, avec M. d’Haussonville, que cette dernière considération avait inspiré le ministre du comte de Provence, qu’il ait prévu l’avenir et voulu se réserver ? C’est peut-être aller bien loin : mais la plus vraisemblable hypothèse est assurément que Maury, habile à prendre le vent, trouvait préférable de pousser au trône pontifical, à défaut de lui-même, un homme qui ne fût pas trop compromis dans une politique dont il était trop fin pour ne pas voir le danger. Ce qui nous incline à croire à l’intervention efficace de l’évêque de Montefiascone, c’est l’empressement que mit le nouveau pape à lui être agréable en notifiant son exaltation au comte de Provence, dans les formes officielles d’autrefois, — toujours comme à Louis XIV.


IV

Les gens ruinés et malheureux, peu habitués aux égards, sont plus sensibles aux marques de courtoisie qu’on leur témoigne et sont enclins à s’en exagérer l’importance. C’était le cas de la cour