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Page:Revue des Deux Mondes - 1892 - tome 112.djvu/543

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une série d’intrigues en faveur de Mattei. Plus tard, devant l’acharnement de l’Autriche à soutenir la candidature de ce cardinal, l’Espagne conçut de l’inquiétude et fit entendre qu’elle exercerait contre lui son droit d’exclusion. Restait Valensi, le second des candidats de l’empereur. Il était très vieux et presque aveugle. Ses adversaires imaginèrent un jour de le désigner pour scrutateur. On avait choisi une journée brumeuse et le malheureux vieillard ne put lire les bulletins de vote. Cette « espièglerie de conclave » lui fit perdre ses dernières chances. Un instant on crut à la nomination du cardinal Castagnini, candidat des Zelanti. Ce pieux prélat avait des scrupules de conscience. « Saint Pie V, disait-il, assurait qu’il avait compté sur son salut quand il était moine, qu’il en était inquiet quand il était cardinal, qu’il en désespérait presque quand il était pape. — Votre Éminence voit bien, répondit Maury, que cette appréhension ne l’a pas empêché d’être canonisé. » L’intervention de Herzan fit échouer cette candidature. Le conclave avait commencé en décembre. On touchait au mois de mars, sans qu’aucune solution fût intervenue, sans même qu’on entrevît aucune issue. Le feu comte d’Haussonville a exposé jadis, ici même, les péripéties de ce long et laborieux conclave dont les résultats déconcertèrent toutes les prévisions. Maury, dans sa correspondance avec le comte de Provence, raconte au jour le jour les intrigues qui se succédèrent. Ses dépêches sont d’un politique, sinon très habile, du moins spirituel et très libre de préjugés. Quand arrive le mois de mars, les cardinaux, énervés par une longue séquestration, sont dans un état indescriptible. Cette assemblée de vieillards affectait le ton d’un club populaire, s’il faut en croire Maury, qui parle à plusieurs reprises de « vacarme » et de « tintamarre ! » A tout prix, il fallait en finir. C’est alors que se produisit tout à coup une candidature à laquelle nul n’avait songé jusque-là : celle du cardinal Chiaramonti, évêque d’Imola, qui, proposé par la faction d’Autriche à la faction adverse dont il faisait partie, réunit soudain l’unanimité des suffrages. Ici se pose un petit problème historique assez curieux. D’après le comte d’Haussonville, qui s’inspirait des mémoires de Consalvi et aussi de la tradition, c’est à Maury que reviendrait le mérite d’avoir inventé la candidature de Chiaramonti : se promenant avec Consalvi, secrétaire du conclave et ami de l’évêque d’Imola, sous les portiques du monastère de Saint-George, l’évêque de Montefiascone aurait présenté cette candidature comme le seul expédient qui pût tirer d’embarras les membres du conclave. Sentant toutefois l’impossibilité de la faire triompher directement, il aurait chargé son conclaviste, l’abbé Pinto, familier du cardinal Antonelli, chef de la faction d’Autriche, de la suggérer discrètement à ce prélat, en lui faisant comprendre que le fait même