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Page:Revue des Deux Mondes - 1892 - tome 112.djvu/540

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époque qu’une correspondance suivie s’établit entre le chef de la maison de France et l’ancien chef de la droite à l’Assemblée constituante. Ce dernier s’était excusé de ne pouvoir quitter l’Italie, à cause du conclave que l’âge et la santé de Pie VI permettaient de croire prochain ; l’exilé de Mittau lui répondit par une longue lettre autographe, dans laquelle, envisageant à son tour l’éventualité d’une prochaine élection pontificale, il communiquait au cardinal ses vues et lui donnait ses instructions. « Je voudrais, écrivait-il, que le futur chef de l’Église fût un homme d’un âge mûr, sans être dans la vieillesse, dont les rudes épreuves eussent fait éclater le courage et les bons principes, qui eût déjà réuni tous les suffrages dans l’administration d’une diocèse, dont l’éloquence fût connue de toute l’Europe, et dont la santé fût en état de résister aux fatigues qui plus que jamais seront inséparables de la tiare. Il ne manque à ce tableau que votre nom : c’est donc vous que je désirerais voir élever sur le trône pontifical, et ce serait le plus grand bonheur qui pût arriver à l’Église et à la France. » Mais le comte de Provence ne se dissimulait pas les difficultés de l’entreprise. « S’il faut y renoncer, ajoutait-il, ce serait du moins une bien grande consolation pour moi de voir élire quelqu’un des prélats de mon royaume… Mais comment m’en flatter, si votre dignité de cardinal et d’évêque de Montefiascone et la circonstance même d’être né sujet du saint-siège ne peuvent l’emporter sur les intrigues de ceux dont je viens de vous parler (les révolutionnaires) ? Il faudrait donc, si mes souhaits ne peuvent être remplis, vous appliquer à faire tomber le choix du sacré-collège sur un prélat qui eût une partie des qualités que je vois si bien réunies en vous, qui se souvînt du moins que la France est le royaume très chrétien, que son monarque est le fils aîné de l’Église. Enfin pour dernière ressource, n’eussiez-vous pu diriger l’élection, il faudrait que vous cherchassiez à prendre de l’influence sur le nouveau pape et je ne vous ferai pas un compliment en vous disant que vous en avez tous les moyens. »

Voilà donc Maury chargé du secret du roi et de plus son candidat à la papauté. Sans doute, en lisant cette lettre, où le frère de Louis XVI l’appelait mon cousin, il se rappela la prédiction qu’il avait faite, trente ans plus tôt, à Mercier, et plus que jamais il dut croire à son étoile. Il faut avouer qu’alors la fortune semblait conspirer avec lui. Elle lui accordait la faveur des Bourbons au moment même où le Directoire paraissait le plus menacé au dedans et au dehors. Au dehors surtout, la situation des Français était grave. En Italie, ils perdaient du terrain devant les efforts concertés des Napolitains, des Anglais, des Autrichiens, des Russes,