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Page:Revue des Deux Mondes - 1892 - tome 112.djvu/538

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leur plus dangereux adversaire. L’exemple de la Pologne n’était-il pas là pour dessiller les yeux ? Le vieux Bernis, à Rome, ne se trompait pas sur les vraies intentions des coalisés. Il souhaite, mais sans rien demander à l’étranger, le retour de jours meilleurs, au moyen d’une « nouvelle révolution solide et utile. » « Celle que pourraient produire les armées étrangères, ajoute-t-il, ne devrait occasionner tout au plus que le démembrement du royaume. » A ce langage du bon sens et du patriotisme, il est triste d’opposer celui du nonce extraordinaire à Francfort, écrivant, le 2 septembre 1792, au cardinal Zelada : « On ne veut et on ne peut négocier avec personne… Il est très heureux pour le clergé et pour la religion que les démagogues soient intraitables et qu’on ne puisse entrer en négociation avec aucun d’eux. La force armée décidera de tout… Le problème sera incessamment résolu. » Dix-huit jours après que ces lignes étaient écrites, les canonniers de Kellermann bousculaient à Valmy les régimens du roi de Prusse.

Au retour de sa courte mission, pendant qu’à Paris on le décrétait d’accusation, Maury reprenait à Rome, auprès de Pie VI, son rôle de conseiller souvent écouté. En janvier 1794, en réponse à une démarche du chef de la maison de France, le pape lui conféra le chapeau promis depuis deux ans. Le fils du cordonnier de Valréas reçut les complimens des princes français et des chefs de la coalition : les rois l’appelaient mon cousin. En même temps qu’il était élevé à la dignité cardinalice, il recevait du pape un évêché. C’était celui de Montefiascone, jolie petite ville, non loin du lac Bolsena, entre Viterbe et Orvieto. Le nom en est connu surtout par le vin délicieux que produisent les coteaux voisins, un des plus exquis entre ces vins parfumés et légers de l’Italie centrale. On raconte à Montefiascone que le chanoine Jean Fugger, de l’opulente famille augsbourgeoise de ce nom, avait coutume, lorsqu’il voyageait en Italie, de charger le courrier qui le précédait de goûter le vin dans les villages où il devait passer. Quand l’épreuve était satisfaisante, le fidèle serviteur écrivait à la craie le mot est sur la porte. A Montefiascone, il fut si satisfait qu’il répéta trois fois le mot convenu : Est. Est. Est. Le chanoine arriva quelques heures plus tard et se trouva, dit-on, si bien qu’il ne partit plus. Il vécut jusqu’à sa mort à Montefiascone, où l’on voit encore sur son tombeau les mots Est. Est. Est, gravés dans le marbre. — Le nouveau cardinal vint se fixer au siège de son évêché. Son frère, puis quelques autres prêtres du Comtat le rejoignirent. Il fut ainsi entouré d’une aimable cour de compatriotes, fuyant comme lui l’orage et heureux de trouver le repos dans cette douce retraite. Le chanoine Borelli, d’Avignon, ancien jésuite, composait des petits vers ou des chansons pour les