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Page:Revue des Deux Mondes - 1892 - tome 112.djvu/456

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Rochas, « le troupier français parcourant le monde, entre sa belle et une bouteille de bon vin, » Silvine, « la fille aux beaux yeux de soumission… » Achille et Patrocle circulent de même avec des étiquettes invariables, révélatrices de leurs habitudes physiques et des passions simples qu’ils personnifient. Nous sourions, quand on recourt aujourd’hui à ces moyens homériques ; ils restent cependant infaillibles pour clouer une figure dans l’imagination du peuple. M. Zola le sait, il les emploie tous, et il n’a pas tort. Il en retire d’abord le plaisir fructueux d’être populaire ; et l’expérience des siècles nous enseigne que les œuvres populaires montent lentement, font plus tard les délices de l’élite, et demeurent incontestées. Oh ! pas toutes. Celles-là seulement qui embrassent la vérité de tous les temps et répondent aux exigences éternelles du cœur humain. Il nous reste à rechercher si cette condition est suffisamment remplie, dans l’épopée romantique d’un philosophe naturaliste, pour que l’auteur puisse se flatter de fournir des pensums à nos arrière-neveux. Dans les éditions expurgées, s’entend.


II

Si M. Zola s’était borné à écrire un roman de mœurs militaires, s’il n’avait prétendu nous donner que la monographie d’une de nos armées, la plus malheureuse, et une description de la bataille de Sedan, nos exigences seraient moindres et nous ne lui contesterions pas la réussite, tout en faisant nos réserves sur sa dure façon de voir. Mais son ambition est plus haute ; il la déclare en conduisant artificiellement son récit jusqu’à la Commune ; elle ressort de tous ses jugemens d’ensemble ; et si les intentions philosophiques pouvaient nous échapper dans le volume, les gloses des reporters remédieraient à notre infirmité d’esprit. Il a voulu buriner dans un cadre de fiction l’histoire de la guerre de France ; il a voulu montrer dans cette guerre l’effondrement d’un empire, d’une société, d’une nation pourrie par « les dix-huit années de corruption. » La Débâcle, dans le sang et la boue, devait être la conclusion logique de l’histoire naturelle et sociale des Rougon-Macquart, c’est-à-dire des sept millions de coquins ou d’imbéciles qui firent et payèrent les plébiscites.

Pourquoi ces grands desseins n’ont-ils pas été remplis ? Pourquoi l’histoire, et même le roman de la guerre, restent-ils à faire, après la forte tentative de M. Zola ? Essayons d’en chercher les raisons, ne fut-ce que pour rassurer les jeunes écrivains désireux de traiter ce sujet, et découragés peut-être aujourd’hui par le redoutable concurrent qui semble l’avoir épuisé.

Ce gros livre boite, parce que l’auteur ne nous montre qu’une