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Page:Revue des Deux Mondes - 1892 - tome 112.djvu/434

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les fonctions organiques une différence fondamentale, c’est que pour les fonctions organiques, c’est le même ordre d’observation qui nous donne à la fois la fonction et l’organe ; en même temps que vous voyez l’organe, par exemple l’estomac, vous pouvez voir la digestion (comme dans le cas de l’ouverture de l’estomac par une blessure). Si vous pouviez voir directement le cœur, vous verriez en même temps, et par le même acte d’observation, l’organe et ses mouvemens. Quand il s’agit au contraire des organes cérébraux, le même mode d’observation ne vous donne pas à la fois l’organe et la fonction ; et il vous faut recourir, pour constater la fonction, à un autre mode d’observation qui est l’observation intérieure ou la conscience. Il faut donc, pour faire la théorie complète des fonctions cérébrales, rassembler les deux ordres d’opérations que vous ne connaissez que séparément. S’il est vrai qu’un cerveau vu du dehors ne manifeste aucune pensée (car un ignorant qui verrait un cerveau pour la première fois ne saurait dire si c’est l’organe de la pensée ou l’organe de la circulation), réciproquement, le sentiment de la pensée en nous-même ne nous suggère pas davantage l’idée d’un cerveau. Comment une telle différence ne compterait-elle pour rien ? Et de quelque manière qu’on s’y prenne, peut-on éviter l’emploi d’une méthode psychologique différente de la méthode physiologique ? car le cerveau ne porte pas écrits sur ses lobes, comme les crânes phrénologiques que l’on vend chez les marchands, les noms des facultés.

Bien entendu, et nous ne saurions trop le répéter (car c’est sur notre exclusivisme prétendu que l’école adverse établit son propre exclusivisme), bien entendu, nous ne nions pas l’importance d’une psychologie physiologique ; et Jouffroy lui-même ne la niait pas ; au contraire, il professait expressément cette doctrine de l’union des deux sciences, en se plaignant qu’elles ne fussent pas assez sœurs. En voici la preuve : « L’une et l’autre, en effet (la psychologie et la physiologie), s’occupent bien de certains phénomènes qui ne sont pas dans leurs attributions, la physiologie de phénomènes psychologiques, la psychologie de phénomènes physiologiques, et elles ont raison de s’en occuper ; autrement, elles seraient incomplètes. Car ce n’est pas la vie psychologique ni la vie physiologique telles qu’elles pourraient se développer si elles étaient isolées, que les deux sciences ont pour objet de connaître, mais chacune de ces deux vies, telle qu’elle s’accomplit dans l’homme, c’est-à-dire dépendante de l’autre, modifiée par l’autre, mutilée peut-être, peut-être agrandie par l’autre. C’est pourquoi ces deux sciences ne doivent point demeurer et n’ont jamais été