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Page:Revue des Deux Mondes - 1892 - tome 112.djvu/433

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un animal raisonnable, et, à ce titre, on peut dire sans grande hardiesse que tout ce qui concerne l’homme rentre dans la zoologie ; on le dira de l’histoire aussi bien que de la psychologie. Mais je demande si ce sera une proposition bien féconde et qui avancera beaucoup la science que de dire que l’histoire fait partie de la zoologie. Il n’en faudra pas moins traiter l’histoire par les mêmes méthodes qu’auparavant, et la proposition ne fera pas découvrir un seul fait nouveau. Il en est de même de la proposition de Destutt de Tracy. On aura beau affirmer que la psychologie ou l’idéologie rentrent dans la zoologie, il n’y aura jamais d’autre moyen de connaître l’homme que de l’appeler à s’observer lui-même. Examinons cependant si les deux procédés d’Auguste Comte valent mieux que le γνῶθι σεαυτὸν (gnôthi seauton) de Socrate.

Pour le premier point, Auguste Comte affirme qu’il faut appliquer à la psychologie le principe fondamental de la physiologie : pas d’organes sans fonctions, pas de fonctions sans organes. Le problème physiologique se ramène donc à ceci : étant donné l’organe, trouver la fonction ; étant donnée la fonction, trouver l’organe. Cette règle, une fois posée, il faut l’appliquer partout ; or, nul ne doute que l’intelligence ne soit attachée à un organe, le cerveau : donc c’est dans le cerveau qu’il faut étudier l’intelligence. Examinons cette assertion.

C’est déjà une grande exagération de subordonner absolument la fonction à l’organe, et de poser en principe que, l’organe étant donné, on doit en déduire la fonction. Claude Bernard a plusieurs fois critiqué cette méthode qui subordonne la physiologie à l’anatomie par le même genre de confusion qui subordonne ici la psychologie à la physiologie. Il n’est pas vrai du tout, dit Claude Bernard, que de l’organe on puisse déduire la fonction. On aurait pu observer le foie pendant des siècles ; on n’aurait jamais pu en déduire sa fonction glycogénique : il a fallu l’apprendre d’ailleurs. Claude Bernard cite encore ce fait que dans les animaux supérieurs les cellules sensitives sont triangulaires et les cellules motrices quadrangulaires. Outre que cette différence ne nous apprend absolument rien sur la différence de la sensibilité et du mouvement, et sur l’attribution de ces fonctions à l’une plutôt qu’à l’autre de ces deux formes, on aurait tort d’associer chacune de ces deux fonctions à chacun de ces deux genres de cellules, puisqu’il arrive précisément que, chez les oiseaux, c’est la disposition inverse qui a lieu, c’est-à-dire que ce sont les cellules motrices qui sont triangulaires et les sensitives quadrangulaires.

En outre, lors même qu’on accorderait sans restriction l’axiome précédent, il y aurait toujours entre les fonctions intellectuelles et