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Page:Revue des Deux Mondes - 1892 - tome 112.djvu/403

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4 onces d’argent cassé, fondu, et qui provenait d’une burette. On peut supposer que les coquillards apportèrent souvent à Jaquet Legrant de l’argenterie fondue, en échange de laquelle il leur donnait les faux anneaux à pierres contrefaites, et les chaînes de cuivre doré, que les « planteurs » allaient vendre par les villes et les campagnes.

Une compagnie comme celle des coquillards ne pouvait se développer et se suffire que sur les grands chemins. Aussi passaient-ils de province en province ; ils volaient des chevaux à Salins et les ramenaient à Dijon ; Regnault Daubourg allait de Genève à Besançon avec des tissus volés et trois livres de safran, passait à Màcon où il rencontrait un autre coquillard,Philippot de Marigny, auquel il donnait rendez-vous à Dijon. Puis avec Dimanche le Loup, dit Bar-sur-Aube, le cordelier Johannes et Jehanin Cornet d’Arras, ils préparaient un voyage en Lorraine pour « aller à l’estève, » « faire un coup de roi, » et on les arrêtait à Toul. Là, Regnault Daubourg se réclama de sa qualité de « pierrier » du duc de Bourgogne ; Johannes et Bar-sur-Aube s’échappèrent ; et Jehanin Cornet contrefit l’homme de guerre. Pour des bandes ainsi organisées la grand’route était la liberté, puisqu’il n’y avait ni surveillance, ni gendarmerie. Le danger n’était que dans les villes où la police avait quelques rigueurs. La bande de la Coquille comptait à peu près toutes les professions de malfaiteurs qui se sont perpétuées jusqu’à notre société ; mais elles ont sans exception cette nuance particulière qu’elles s’exerçaient sur les routes et non dans les cités. Les coquillards quittaient Dijon pour se fournir d’argent : ils y revenaient mener joyeuse vie, jouer aux dés et aux marelles. Voilà pourquoi leur établissement à demeure dans la ville de Dijon causa la perte de leur association. Dénoncés par un informateur, Regnault Daubourg arrêté, Perrenet le Fournier ayant livré tous les secrets, les coquillards furent très rapidement traqués. Avant le 7 novembre 1455, le maire fit prendre Bar-sur-Aube, l’un des chefs de la bande, qui était couché avec Philippot de Marigny à l’hôtel du Veau, dans la rue Saint-Nicolas. Comme les sergens saisissaient Philippot, il fouilla dans son sein et en tira des objets qu’il cacha dans la paille au chevet du lit. C’étaient des crochets de l’espèce que les coquillards appelaient « roi David et roi Davyot. » Malgré la torture Bar sur- Aube ne voulut rien avouer. Finalement, on le confronta avec Perrenet le Fournier, et il reconnut presque toutes les charges qu’on avait assemblées contre lui. Le 18 décembre 1455 [1],

  1. Date donnée par M. Joseph Garnier, archiviste de la Côte-d’Or ; mais il est impossible de retrouver les documens d’où elle a été tirée.