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Page:Revue des Deux Mondes - 1892 - tome 112.djvu/372

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épreuves « ludiques, » trimestrielles, annuelles, inventer des distinctions et des titres pour les individus, des distinctions collectives pour les écoles. Il faut créer dans les établissemens des salles d’honneur où les exploits des lauréats seront inscrits sur les murs, instituer des joutes et des concours publics, au canton, au département, à la région, à l’occasion des fêtes locales ou nationales. On pourrait même, dans les fêtes, honorer les lauréats par une sorte de triomphe analogue à l’ovation qui est faite, dans les régimens d’artillerie, aux vainqueurs du tir [1]. »

Depuis le jour où le mémoire du général Lewal fut couronné au concours Bischoffsheim, deux ans à peine se sont écoulés et, si l’on en croyait un autre auteur, le docteur Féréol, rapporteur du concours annuel pour les prix à l’Académie de médecine, les tentatives faites pour réveiller le goût des exercices physiques auraient réussi bien au-delà de ce qui était nécessaire, et il faudrait déjà songer à mettre un frein aux exagérations d’un sentiment dont on déplorait, il y a si peu de temps, l’absence chez nos jeunes gens. — « L’Académie, dit le rapporteur, a contribué pour sa part à réhabiliter la force physique, et elle ne s’en repent pas. Cependant, il est permis de se demander aujourd’hui si le succès de notre campagne n’a pas dépassé un peu trop nos justes espérances. L’initiative du gouvernement, des municipalités, des sociétés savantes a développé chez la jeunesse des écoles une émulation qu’il était facile de prévoir. La presse avec ses échos retentissans a encore enfiévré l’ardeur de nos jeunes athlètes. Ce ne sont que sports, matchs, lendits, paris, défilés, couronnes, lauriers. Nos lycéens voient leurs noms dans les gazettes ! quelle joie et quel honneur ! On peut bien se demander si ce sont les mêmes noms qui figurent au palmarès, et si ces jeux athlétiques ne nuisent pas quelque peu au sérieux et à la régularité de la classe. Naguère on a mené ici et ailleurs une campagne énergique contre ce qu’on a appelé le surmenage intellectuel des écoliers. Je n’y ai jamais beaucoup cru pour ma part. Cependant on y a mis bon ordre en haut lieu : on a diminué les heures de classe, opéré dans les programmes d’enseignement des coupes sérieuses. Si on ajoute à ces réformes la concurrence que fait à nos études le sport athlétique, on ne peut s’empêcher de redouter pour un avenir prochain l’abaissement du niveau des études. »

On pourrait citer à chaque instant des contradictions semblables à celles dont nous présentons l’exemple au lecteur. On n’en sera pas

  1. Général Lewal, l’Agonistique (Mémoire couronné par la commission du concours Bischoffshelm sur l’organisation des jeux scolaires).