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Page:Revue des Deux Mondes - 1892 - tome 112.djvu/370

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représentent, en somme, beaucoup de travail. A chaque foulée de course, l’enfant détache de terre et éleva à une certaine hauteur au-dessus du sol un poids relativement considérable, celui de son corps. Or, l’on sait que le travail en mécanique s’évalue en multipliant le poids de la masse soulevée par la hauteur à laquelle cette masse s’élève. Aussi peu que s’élève le corps à chaque foulée de course, comme ces foulées se renouvellent jusqu’à quatre et même six fois par seconde, on voit quel chiffre de kilogrammètres [1] peut représenter un jeu de poursuite d’un quart d’heure de durée. Ce travail considérable se fait sans effort, parce que les jambes, les cuisses et le bassin qui concourent à l’exécuter, sont munis des masses musculaires les plus puissantes du corps. Mais si « l’effort » passe inaperçu pour les muscles, chez l’enfant qui court, le « travail » fait vivement sentir à l’organisme ses effets généraux. L’observateur le moins attentif a remarqué combien la course accélère la circulation du sang, combien surtout cet exercice active la respiration et exagère le soulèvement des côtes, cause essentielle de ce mouvement de soufflet qui attire l’air dans la poitrine. On peut dire que chez l’enfant qui court, l’organe qui travaille le plus, c’est celui justement qu’il importe le plus de développer, le poumon.

Il serait superflu de pousser plus loin l’analyse. On voit que les jeux, quoique attrayans et faciles, ne sont pas des exercices moins sérieux que notre gymnastique méthodique, et qu’ils sont de tous points plus conformes aux exigences de l’hygiène des enfans.

Ces conclusions soulèvent, nous le savons, des protestations nombreuses, soit parmi les spécialistes, dont on comprend qu’elles puissent blesser les convictions et même léser les intérêts, soit parmi les simples « dilettantes » de la gymnastique, auxquels les exercices du gymnase sont chers parce qu’ils s’accordent avec leurs aptitudes et leurs goûts. Elles sont, en revanche, conformes à l’opinion des hommes les plus éminens parmi ceux qui se sont occupés d’éducation, d’hygiène et de physiologie. Herbert Spencer, entre toutes les méthodes d’exercice physique, donne la préférence au « libre jeu, » et M. Marey, dans son rapport sur les travaux de la commission de gymnastique dont il est président, signale au ministre de l’instruction publique les inconvéniens de la gymnastique qui n’est, — suivant lui, — « qu’un pis-aller qu’il faut conserver jusqu’au jour où l’on aura trouvé le moyen pratique de lui

  1. On sait que le kilogrammètre est l’unité de travail en mécanique, et représente la dépense de force nécessaire pour élever un poids d’un kilogramme à un mètre de hauteur.