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Page:Revue des Deux Mondes - 1892 - tome 112.djvu/368

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pour recevoir la paume a de volée, » ou se courber pour la prendre « au bond, » ou bien se pencher de côté pour la cingler d’un coup « de revers. » Dans ces rapides changemens d’attitude, le centre de gravité du corps se trouve brusquement déplacé, et l’équilibre ne pourrait être conservé sans l’entrée en jeu énergique d’un grand nombre de muscles. Les muscles du thorax, des reins, du bassin, se contractent pour assujettir fermement les unes sur les autres les différentes pièces osseuses qui forment la charpente du corps ; les membres inférieurs, sans quitter le sol, fournissent aussi un travail intérieur considérable qui a pour but d’assurer au joueur une assiette solide, une stabilité indispensable à l’énergie du coup de raquette : les pieds mêmes semblent se cramponner au sol à l’aide des orteils.

Ainsi, dans le jeu de paume, l’exercice est réparti entre un grand nombre de muscles, et cette constatation nous explique comment les effets du travail peuvent être très accentués, sans qu’on ait conscience d’avoir fait de grands efforts. Pour donner des coups de raquette on fait infiniment moins d’efforts que pour soulever de lourds haltères ; pourtant l’on ne fait pas moins de travail dans une partie de paume que dans une séance de gymnastique athlétique. On sait en quoi diffèrent, au point de vue physiologique, le travail et l’effort, on nous permettra de rendre cette différence plus claire au moyen d’une comparaison vulgaire. Supposez un travail bien déterminé, celui, par exemple, qui consiste à monter un fardeau du rez-de-chaussée au premier étage, et supposez qu’on n’ait, pour exécuter ce travail, qu’un seul ouvrier. Si le fardeau est très lourd, l’ouvrier fera son travail avec grand effort. Si quatre ouvriers au lieu d’un sont employés à transporter le même fardeau, le travail exécuté restera le même, mais il demandera à chaque ouvrier quatre fois moins d’efforts. — Or, nous avons dans notre corps une multitude d’ouvriers qui s’appellent les muscles, et l’on comprend que si nous en employons un grand nombre à exécuter un travail quel qu’il soit, ce travail se fera avec moins d’efforts que s’il était exécuté avec un très petit nombre de muscles.

Dans tous les mouvemens naturels, nous utilisons un grand nombre de muscles à la fois, et nous en mettons quelquefois en action qui sont très éloignés du point où semble se localiser le travail. Les jeux tendent toujours à la division du travail entre un très grand nombre de muscles, et c’est la conséquence de leur caractère même d’exercices naturels. Étant copiés sur les actes instinctifs dont ils ne sont que la réglementation méthodique, ils présentent tous ce caractère de faire exécutera la machine humaine