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Page:Revue des Deux Mondes - 1892 - tome 112.djvu/367

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sur la gymnastique dans l’éducation physique de l’enfant. Et il faut y ajouter encore un argument plus fort que tous les autres, c’est que les jeux se pratiquent à l’air libre. Nous avons déjà suffisamment montré l’avantage hygiénique du grand air pour qu’il soit nécessaire d’y insister davantage ; mais il nous reste à réfuter un reproche que font aux jeux les partisans exclusifs de la gymnastique athlétique, reproche qui serait grave s’il était fondé. Les jeux, a-t-on dit, sont bien des exercices attrayans et faciles, mais leur facilité même prouve qu’ils ne demandent pas une grande dépense de force musculaire et ne sont pas, par conséquent, des exercices sérieux. Pour montrer combien ce reproche est peu fondé, il nous suffira de prendre comme type un de nos jeux français les plus anciennement connus, le jeu de paume, et d’en présenter au lecteur une analyse sommaire.

Si l’on sort de quelque gymnase où l’on aura vu de jeunes athlètes manœuvrer des haltères de 40 kilogrammes, il est certain qu’une partie de paume ne fera pas l’effet, au premier abord, d’un exercice « sérieux. » Et l’on sera peut-être tenté de sourire en comparant à l’effort des gymnastes celui des joueurs qui chassent à coups de raquette un minuscule projectile du poids de 20 grammes. Pourtant, l’homme le plus vigoureux, après une heure de cet exercice, va se retirer ruisselant de sueur, la poitrine haletante, et pour peu qu’il manque d’entraînement, c’est-à-dire d’accoutumance à la fatigue, il se sentira le lendemain, au réveil, courbaturé de la tête aux pieds. C’est qu’il faut en faire soi-même l’épreuve, pour juger la dépense de force qu’occasionne cet exercice où l’effort est si peu apparent. Dans l’exercice de la paume, le travail ne se borne pas, — tant s’en faut ! — au mouvement du bras qui fouette la balle. Un coup de raquette bien appliqué exige la mise en action du corps tout entier. Il faut, pour « chasser » vigoureusement la paume, que, des pieds à la tête, tous les muscles s’unissent dans un commun effort, ou, comme disent les physiologistes, dans une synergie qui semble détacher le corps du sol et le jeter sur le projectile qu’on veut lancer. Le coup de raquette est une « résultante, » ou, si l’on veut, la somme d’une série d’efforts partiels qui se développent à la fois dans le bras et l’épaule, dans la colonne vertébrale et les jarrets. Et le coup de raquette, en lui-même, ne représente pas toute la dépense de force occasionnée par le jeu de paume : il faut y joindre les mouvemens qui le précèdent et le préparent, c’est-à-dire les changemens d’attitude du joueur. Tous ceux qui ont tenu la raquette savent avec quelle rapidité doivent se faire ces mouvemens. C’est en moins d’un dixième de seconde qu’il faut faire face en avant, la tête haute,