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Page:Revue des Deux Mondes - 1892 - tome 112.djvu/355

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excitant de l’énergie vitale et un stimulant de toutes les fonctions organiques, mais encore un aliment. L’oxygène introduit dans le sang s’attache aux globules sanguins, pénètre avec eux jusque dans l’intimité de nos tissus, et se fixe sur les cellules vivantes pour contribuer à leur réparation et à leur renouvellement, en un mot pour les nourrir. L’air est véritablement un aliment gazeux, et l’expression populaire, « vivre de l’air du temps, » est beaucoup moins ironique qu’elle ne prétend l’être.

Mais l’écolier qui passe sa vie dans les salles communes n’est pas seulement privé des bénéfices de ce puissant aliment qu’on appelle le grand air. L’air qu’il respire n’est pas seulement appauvri et dépouillé, par la respiration de ses camarades, des principes qui lui donnent ses qualités les plus essentielles. Cet air qui repasse par les poumons de l’enfant, après avoir été respiré par ses voisins et par lui-même, est chargé de produits impurs ; il est souillé par les résidus organiques que la respiration élimine et balaie en quelque sorte hors du sang. Cet air est vicié. Il ne sera pas inutile d’exposer nettement en quoi consiste ce « vice, » car, si on parle toujours des inconvéniens de l’air confiné, on agit, en général, comme si on n’en comprenait pas exactement tout le danger. L’air vicié par la respiration de plusieurs personnes est, à proprement parler, de l’air empoisonné. On était, depuis longtemps déjà, fondé à le croire, en présence des accidens graves, parfois même des cas de mort, observés à la suite d’un séjour relativement court dans un milieu trop encombré. Mais des travaux récens ont mis en lumière, d’une façon aussi originale que démonstrative, la puissance toxique de ce miasme humain dont on avait observé accidentellement les redoutables effets.

Pour montrer le danger de respirer un air qui a déjà passé par les poumons d’un être vivant, deux savans français, MM. Brown-Séquard et d’Arsonval, ont imaginé la curieuse expérience que voici : — Une série de cages de verre dans chacune desquelles est enfermé un lapin vivant sont disposées à la file, et l’air nécessaire à la respiration des animaux s’y renouvelle par une disposition particulière qui est le point essentiel de l’installation et qui explique les résultats de l’expérience. Chaque cage est munie de deux tubes, l’un pour l’entrée de l’air, l’autre pour sa sortie ; et les cages étant rangées côte à côte, le tube d’entrée prend l’air dans la cage qui précède, tandis que le tube de sortie le conduit dans la cage qui suit. De cette façon le second lapin reçoit l’air déjà respiré par le premier, et le troisième lapin l’air respiré par le second ; ainsi de suite jusqu’à la fin de la série qui se compose d’une douzaine de cages. Par cette disposition le dernier animal de la