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Page:Revue des Deux Mondes - 1892 - tome 112.djvu/351

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déviations de la taille sont l’objet d’une préoccupation constante, le maître d’école est chargé de veiller avec soin sur ces symptômes de lassitude musculaire qui se manifestent inévitablement au bout d’un certain temps d’attitude assise ; la classe est interrompue pendant quelques minutes, et quelques mouvemens de gymnastique sont exécutés, choisis parmi ceux qui peuvent le mieux remédier aux vices de tenue et rétablir l’équilibre dans l’action des muscles du dos.

La station assise prolongée ne pousse pas seulement aux déviations de la taille. Cette attitude, qui fait travailler jusqu’à l’épuisement certains muscles, en laisse d’autres très essentiels dans l’inaction et l’atrophie ; tels sont les muscles des épaules, qui ont pour action de maintenir les omoplates en arrière et d’ « ouvrir » la poitrine, les muscles du thorax dont le rôle est si important dans la respiration, etc. La région du corps pour laquelle la position assise a les conséquences les plus fâcheuses est la région de l’abdomen. Cette attitude dans laquelle l’écolier passe de si longues heures sur les bancs de l’école a pour effet de rapprocher le tronc des cuisses, et de mettre ainsi dans le relâchement tous ces grands muscles plats qui forment la paroi antérieure et latérale de l’abdomen. De là atrophie et atonie de ces muscles dont le rôle est si important dans les fonctions digestives. Ces muscles, en effet, forment aux viscères abdominaux une sorte de ceinture élastique dont le soutien et la pression sont indispensables aux intestins et à l’estomac pour augmenter la résistance de leurs parois, et les empêcher de se distendre sous la force d’expansion des gaz. Beaucoup de « dilatations » de l’estomac et de l’intestin reconnaissent pour cause le défaut d’énergie des muscles abdominaux. — C’est ainsi que les épaules rentrées, les tailles déviées, les estomacs dilatés, sont les conséquences fréquentes de l’immobilité prolongée où est tenu l’écolier, indépendamment de tout excès de travail intellectuel.

Mais le défaut d’activité physique a des résultats bien plus fâcheux encore que les vices de tenue. Si l’on étudie un enfant dont la santé est altérée par une vie trop sédentaire et par l’immobilité forcée, — et les sujets ne manquent pas à notre époque, pour cette étude, — on est frappé de voir que pas une région du corps, pas une fonction de l’économie n’échappe aux effets désastreux du défaut d’exercice. Les muscles sans énergie soutiennent à peine le corps. Le teint est pâle, la figure étiolée, l’attitude affaissée : tout dans l’aspect extérieur de l’enfant rappelle l’impression produite par une plante qui languit et se flétrit faute d’air et de soleil. Toutes les fonctions de l’organisme tombent dans un état de langueur très caractéristique. La digestion devient paresseuse, et l’appétit