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Page:Revue des Deux Mondes - 1892 - tome 112.djvu/329

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trouvent donc point trop stérile ; pourquoi donc essaient-ils souvent de le laisser croire ? Qu’ils déplorent d’avoir vu fuir leurs jours d’énergie et d’amour-propre satisfait, cela se conçoit et je n’y trouve pas à redire ; mais se figurer que l’on ne sait plus vivre, aimer, combattre et travailler, comme jadis ils ont travaillé, combattu, aimé, vécu, c’est une aberration qui démontre simplement qu’ils sont devenus incapables de faire ce qu’ils faisaient dans « le bon temps. » S’ils peuvent s’abstraire de leurs réflexions grognonnes, ils reconnaîtront que le parfum des roses est toujours exquis, que le soleil est toujours le bienfait de la nature et que toujours il est bon d’aimer. Ils reconnaîtront également que le déclin d’un individu ne touche en rien à la vitalité d’une époque. Au lieu de morigéner les jeunes gens et de leur dire : « de mon temps ça n’était pas comme ça ! » ils leur diront : « courage à la vie et, si vous le pouvez, faites mieux que nous n’avons fait. »

Qu’ils écartent le bandeau que l’âge rancunier a mis sur leurs yeux, et l’éloge leur viendra naturellement aux lèvres, car jamais on n’a plus, on n’a mieux travaillé que maintenant ; jamais l’émulation n’a été plus active, jamais la haute ambition de bien faire n’a été plus puissante. Comptez les élèves qui se pressent dans l’amphithéâtre des écoles spéciales, vous serez étonné de leur nombre et de leur assiduité. C’est une foule. Sous peine d’encombrement, il faut la tenir à distance, et c’est pourquoi les programmes d’examen se chargent tous les jours de matières nouvelles, de façon à former obstacle devant des carrières que l’on ne peut laisser envahir et auxquelles on est contraint de parvenir par la plus sévère des sélections. Cours libres et cours obligatoires sont aussi suivis les uns que les autres ; les étudians s’associent pour multiplier leurs moyens de travail ; les bibliothèques publiques sont assaillies ; les journées ne suffisant plus aux lecteurs, on a été contraint d’y ajouter les soirées.

Non, il n’est pas juste de médire de la jeune génération ; elle semble ne rien répudier des tâches de la vie, elle ne boude pas devant le devoir de la culture intellectuelle et, sans défaillance, elle accepte la lourde charge du service militaire qui recule de plusieurs années l’instant où le labeur rémunéré pourvoira aux besoins de l’existence ; d’un cœur vaillant elle s’offre aux sacrifices, et se tient prête à répondre : Me voilà ! lorsqu’elle sera appelée. Les grands-pères se sont acheté un homme, jadis, lorsqu’ils ont été pris par la conscription, j’en sais quelque chose, ce qui ne les empêche pas de trouver que la jeunesse est molle au travail et trop encline au plaisir. La jeunesse s’amuse et elle a raison de s’amuser ; elle se trémousse dans certains bals, comme